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Les Histoires du "père François"

Toutes les histoires du Père François

François Gomis nous raconte ... 

Les personnages et faits de cette histoire sont fictifs, et toute ressemblance 
avec de
s pilotes existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence !!!!!

CKIKAPADKIK 

Vous avez sûrement remarqué que, parfois, très rarement, pour ainsi dire jamais, voire une fois par millénaire, une fédération sportive prend une décision que les principaux intéressés, les sportifs, ont du mal à comprendre. Ce fût le cas, une fois n'est pas coutume, le 7 mai 1973. Nous verrons plus loin pourquoi la date est précise. 

Revenons-en à la décision, brutale, sans pitié, inexorable de notre organe fédératif, aussi rigide ce jour que la lame du glaive de la justice (qui peut néanmoins faire montre d'une certaine souplesse pour certains...). Plantons le décor. Bourg-en-Bresse, chef-lieu du département de l'Ain, située au point de rencontre de trois régions typiques et complémentaires : la Bresse, la Dombes et le Bugey, Bourg-en-Bresse, ville chère à Jacques Bussillet, Bourg-en-Bresse où contrairement à ce que l'on croit le volatile castré, spécialité locale de réputation mondiale, répondant au doux nom de " chapon " (" tchapon " en anglais), ne circule pas librement dans les rues. 

Il y a longtemps, Bourg-en-Bresse accueillait l'espace d'un week-end des courses de motos. C'était un circuit naturel, taillé dans les rues de la ville. Les trottoirs étaient hauts comme des murailles. Et ça pouvait aller vite. Inconscients nous étions, mais c'était l'époque. 

Arrive le départ du critérium 750. Le préposé au départ, appelons-le l'agité du drapeau, alors que nous attendions tous qu'il s'exprime en effectuant avec son oriflamme des arabesques dignes des meilleurs cirques chinois, notre agité, juste avant le lâché de la meute, fit une pause. 

Attardons nous sur ce préposé. Si vous avez comme image de référence le starter de Daytona, haut en couleurs et spectaculaire en diable par ces sauts (appelons-le un start-up), vous n'est pas dans le ton. Notre homme franchouille au possible et tranquille tenait benoîtement son drapeau prêt à le remuer doucement à l'instant T. Sa tenue était réglementaire soit pantalon grisouille sans forme, polo prolo et aux pieds des écrase-merde sans doute confortables. Vous décrire brièvement l'humain tenant la hampe (pas la pièce de boucherie mais le bâton du drapeau) paraît nécessaire à la bonne compréhension du tableau. 

Revenons-en à l'anecdote. La règle voulait que nous démarrions à la poussette. Notre porte-drapeau, répercutant les ordres des instances supérieures de la Fédération, passa alors de rang en rang en répétant à chacun : " Démarrage au kick, pas de poussette, démarrage au kick obligatoire ". Ils furent deux à brailler dans leur casque : " Hé, ho, qu'est-ce que c'est que cette c…, Ça va pas, non ! J'ai pas de kick… ". Notre homme répondit placidement : " Alors vous allez derrière tout le monde et vous partirez à la poussette quand tout le monde sera parti". 
Derjo, tout au fond de la grille, seuls au monde, les deux navets. S'il fallait insister sur la personnalité et l'apparence du donneur d'ordre, c'est pour mieux comprendre qu'avec un tel objet, toute contestation intelligente et argumentée est inutile. Monsieur ne discute pas, Monsieur applique, répercute, transmet, déplace, reçoit et donne, fait l'interface dirait-on aujourd'hui, rien de plus mais rien de moins et rien à dire ni rien à faire sinon plier. ARRRGH. Les deux sans kick reculèrent donc en maudissant la terre entière et plus particulièrement le porteur d'étendard. Quand les deux pousseurs poussèrent, ils le firent en haletant dans un nuage d'huile deux temps blanche et mal cramée (ce qui n'est pas bon pour la santé) alors que le bruit du troupeau s'éloignait dans les ruelles tortueuses et inquiétantes de cette bonne ville de Bourg-en-Bresse (j'ai cherché sans résultat une contrepétrie sur le nom de la ville). L'un n'avait tout simplement pas remonté son kick sur sa H2 mais termina forcément bien (dans les prems) parce qu'il allait vite, très vite, que c'est un homme de défi et surtout qu'il avait écrit Bernard Fau sur sa combine. 
L'autre avait eu l'idée un peu folle d'inventer non pas l'école mais la course à handicap en s'achetant une Guzzi Sport pour sa première année de compét., moto qui n'avait pas de kick mais uniquement un démarreur électrique. 
L'autre c'était moi, et j'ai terminé en milieu de classement. 

Au fait, pourquoi je me souviens de la date de ce w.e. ? Parce qu'un homme s'est tué ce jour-là, le 7 mai 1973, à Bourg-en-Bresse. Un grand. André Luc Appietto. À mon avis, toute notre bande (nous étions des gamins de 17 à 21 ans) a intégré ce jour-là consciemment ou inconsciemment, et peut-être plus qu'avec la disparition de Christian Ravel deux ans avant (nous n'étions alors pour la plupart que spectateurs), que la mort était derrière chacun d'entre nous, sur la selle. Mais nous avons continué, sans dire que ça n'arrivait qu'aux autres. On n'était pas cons et savions très bien que ça pouvait nous tomber dessus. Mais les plus durs d'entre nous n'y faisaient pas attention. Fatalitas aurait dit Cheri-Bibi. Une phrase d'Yves Evrard, Mister Coupe, m'a frappé. Yves a dit : " De toutes façons, vous tous, vous ne faisiez pas de projet d'avenir ". Je ne sais pas. Vous savez la différence entre la vie normale et la vie quand on faisait un sport aussi dangereux que la moto de ces années là (et des années d'avant malheureusement), c'est que lorsque vous avez les horaires des essais et de la course, vous savez que dans ces créneaux là , ces " fenêtres " comme on dit à Kuru, vous multipliez par dix, cent, mille, voire plus, les chance de mourir. Alors que dans la vie de tous les jours, on ne sait pas quand ça peut vous tomber dessus. Quand on a les horaires, voilà ce qu'on se dit " Et-ce qu'on aura le temps de changer les pistons ? " ou encore " On déjeunera avant sinon ça va être trop juste ". Voyez, rien de métaphysique. Reste que ça peut-être difficilement supportable. Les tendres, les normaux laissaient tomber ou ne cherchaient pas à franchir la limite. 

Moi, j'ai eu peur de ça, pour raisons familiales. 

Alors j'ai rendu la main et puis j'ai arrêté. Je me suis protégé. Mais ça ne regarde que moi. Je n'ai aucune leçon a donner. La langue française n'est pas la plus riche du monde, il faudrait une expression plus nuancée que " ça fait partie du jeu ". Et pourtant quoi de plus ludique que ces courses de moto. Et l'adrénaline du danger y est sans doute pour quelque chose. Les fléchettes ? Attention, ça peut piquer. Le curling n'est pas mal (j'aime bien le balai, mais attention la glace glisse). Vous connaissez le croquet ? La compétition est passionnante. Le danger l'est moins. Tout cela n'est que mon avis, et confus de vous embêter avec ça. Bien à vous.

François Gomis 

 

François Gomis - Laurent Gomis

 

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