INTERVIEW
REALISE EN PARTENARIAT AVEC GMT
OPEN
Patrick Tran-Duc, sa vie, son œuvre
Patrick
Tran Duc… ce nom vous dit certainement quelque chose … les plus
anciens se souviennent " Tran Duc … bien sûr … Moto
Journal … la rubrique " mauvaises langues " … "
Perdu ! c'était son frère Fred, alias Khomer. Les pilotes
d'aujourd'hui vont répondre " Tran Duc c'est un nom que j'ai
vu sur la revue de la FFM " France Moto " … Gagné !
Patrick est rédacteur en chef de cette revue que tous les pilotes
Français connaissent… mais Patrick vous le connaissez ? Alors
présentation…
Peux
tu te présenter ?
Patrick
Tran-Duc, je suis né le 9/4/48 (il a donc 59 ans mais ne les fais
pas, mesdames…). J'ai deux filles de 14 et 12 ans, Diane et Alix.
Peux
tu nous parler de ton parcours du combattant… pardon professionnel
Après
quelques errements professionnels peu remarquables, j'intègre la
FFM fin 1970 comme grouillot, puis devient rédacteur en chef de la
revue fédérale France Moto, essentiellement destinée aux
licenciés à la moitié des années 70.
Parle
nous de toute l'équipe de France Moto.
Je
suis depuis des années l'unique employé de cette revue créée en
1953.
Peux
tu nous parler de ton entrée en Moto … comme d'autres entrent en
Religion ?
Après
quelques errances cyclomotoresques (trois Flandria Record finement
préparés à la queue de rat font de moi la peste jaune du
quartier) je décide de passer mon permis moto et d'accéder à
l'échelon supérieur : la motocyclette.
Telle
Bernadette Soubirou en pâmoison devant la sainte Vierge, je connais
ma première érection intellectuelle en découvrant au début des
années 60 (j'ai 16 ans) chez Richard Moto, à Sannois, où je passe
la majeure partie de mes week-ends : une 125 Morini Corsaro Corsa
pilotée par un nommé Patrice Vizzavona. Tombé à genoux devant
cette sublime petite machine, je décide que, lorsque je serai plus
grand, je serai pilote de course. Un peu plus tard, je découvre
dans le magazine Champion, hélas défunt, une photo de Claude
Vigreux sur sa Rickman Matchless G50 rouge et cette vision
d'harmonie parfaite achève de m conforter dans ses convictions
sportives. La mort de Vigreux, quelques temps plus tard, sur un
circuit belge, n'entamera pas ma détermination, mais la disparition
de mon idole sera un de mes plus mauvais souvenirs, tout comme
celles de Christian Léon (je faisait partie du même club, le MC
Méruvien quand Christian courait en Critérium des Sports sur des
Ossa et en côtes sur une 450 Honda) d'Olivier Chevallier et
Patrick Pons, André-Luc
Appietto, des pilotes exceptionnels que j'ai a eu
la chance de rencontrer lors de leurs nombreux passages à la
fédé, à l'époque rue d'Hauteville, dans le 11ème. Mais
j'apprécie beaucoup des gens comme René
Guili, Gilles
Husson,
Joël Queirel, Sébastien Guillaume, Bernard
Fau, à la fois
excellents pilotes que gens de cœur. A cette époque, je roule en
baskets, coiffé d'un Géno en tôle ex-Gendarmerie acheté aux
Puces de Clignancourt… Il faut dire que Charles Krajka ne fait pas
encore partie de la Commission Technique et que je ne roule pas sur
l'or, à tel point que pour moi, les Terrot rouge et blanc du Moto
Club de la Villette font figure de monstres d'usine et Roger Ruiz,
l'un de leurs pilotes le plus en vue de véritable vedette… Je me
rends fréquemment pour mon boulot sur les circuits où je vibre,
des années durant aux exploits des pilotes du Critérium des Sports
et surtout de ceux, dès 1971, de la Coupe Kawa : Gilles Mallet
d'abord, Patrick Pons, William Gougy…
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| Avec
cette 250 Yamaha RD rachetée au frère de Jean-Luc Roy (Motors
TV), Patrick participera à quelques épreuves Promosport en
1978.
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Résume
nous ton parcours de sportif de haut niveau !
Pilote
médiocre mais patient, j'ai a souscrit en 2007 ma 39ème licence
sportive. J'ai couru en Vitesse (la discipline que je préfère), en
Endurance Vitesse et Tout-Terrain, Rallyes Routiers, Motocross,
Trial, Enduro, Trike, Quad, avant de me consacrer, depuis plusieurs
années, aux démonstrations sur circuits au guidon de trois pattes
Kawa.
Les
débuts en Vitesse, discipline royale s'il en est, sont carrément
laborieux et non exempts de douleurs multiples, confondant
fréquemment trajectoires et horaires des marées. Ainsi, ma
participation aux 1000 km du Mans 1969 au guidon d'une 125 Yamaha
AS1 ex-Jacques Roca (tout un programme), en compagnie de mon frère
Fred, se solde par trois gaufres dont une à fond dans Le Chemin aux
Bœufs. Je ne savais même pas qu'un moteur deux temps pouvait
serrer… Pourtant, c'est moi qui, à cette époque, et jusques plus
tard, est chargé du transport et de la maintenance mécanique de la
Yamaha YDS6 de mon frère qui remportera même une course de
Critérium à Montlhéry avant d'être déclassé… Après cette
désillusion, Fred hésitera longtemps entre une retraite chez les
moines Cénobites de Mézidon les Doigts et une préparation à base
de cadre de Bultaco TSS (ex-Roca, encore) et Yamaha 250 vitaminé…il
choisira la seconde solution que Pierre Tebec mènera à bien pour
lui. J'ai eu également l'honneur de courir avec Patrick Pons lors
d'une course de Promos 125 organisée début 70 au Mans, Pons
utilisant une CB 125 Honda twin (qu'il pliera au Musée…) : "
oh putain, regarde ma main, j'ai la finale du Championnat de France
2 et demi la semaine prochaine "…et moi une 125 CBS de
location. En 72, je roule en 500 National avec une 350 Ducati
achetée neuve chez Guiseppe Carniel, beaucoup moins chère (surtout
avec 20 % de remise âprement
négociée), que la moto de mes
rêves, la 350 Kawa S2 dont les extraordinaires performances
m'enthousiasment et m'effraient à la fois. Funeste erreur, la
Ducati casse une fois sur deux (d'autant que, comme beaucoup de mes
congénères, je me rends sur les circuits par la route, mégaphone
en bandoulière, et prends souvent mon compte-tours pour un
ventilateur), et comme, lors des courses où la Ducati ne casse pas,
je me mets par terre… le bilan est catastrophique, sauf en nombre
de pizzas et ecchymoses diverses. " Ne dites pas à ma Mère
que je roule en Ducat', elle me croit pilote de Coupe Kawa ! "
J'entreprends alors la construction d'une moto à mon gout. La 125
Glützenbaum, caractérisée par son moteur de Yamaha mono YA6 à
distributeur rotatif glissée dans une partie cycle de 50cc
construite par Besse et Aufrère (les deux compères qui président
aux destinées de Scrab) succède à la Ducati, et même si le
niveau technologique est d'emblée plus élevé, les résultats sont
décevants. Je décide alors de passer à une nouvelle discipline
(que je pratique toujours, mais rarement, au guidon de motos
anciennes), l'Enduro. Une grande carrière de pilote de Vitesse
international meurt dans l'œuf !
Tu
nous as parlé de ton émoi face aux monstres sacrés Français,
mais quels étaient tes idoles parmi les pilotes étrangers ?
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Le
Tour de France en 1975 au guidon d’une Gauthier. Patrick
perd la seconde place à 20 km de l’arrivée à Villeneuve
Loubet sur crevaison.
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Mes
pilotes étrangers préférés : Barry Sheene (qui passera même la
nuit chez moi à Franconville, en 74 ou 75, le soir du " GP
" de Rungis, garant sa Rolls, achetée après son accident de
Daytona, devant la porte), Mike Hailwood, pour moi le plus grand
parmi les grands, que je n'ai jamais rencontré mais que j'ai vu
gagner à Clermont au guidon de la fabuleuse 250 Honda 6, Jack
Findlay, un homme d'un courage et d'un gentillesse incroyables,
Jarno Saarinen, un surdoué, tous hélas disparus, mais également
Hakan Carlqvist, un fantastique crossman suédois, capable de
s'arrêter devant son mécano pour s'enfiler une bière et gagner la
manche, Heinz Kinigadner, que j'ai aidé à marcher après une
visite de cave (organisée par le Baron du Branloir, Yves Bataille)
un peu prolongée dans la région d'Irancy, après son titre cross
250, un garçon adorable, Phil Read, qui n'a pas arrêté de draguer
ma femme lors d'une lointaine édition des Coupes Moto Légende à
Montlhéry et dont j'apprécie le côté insoumis…
Si
ton cerveau de pilote du ART* peut encore se souvenir du passé, as
tu des anecdotes croustillantes à nous raconter (ART = Alzeihmer
RacingTeam, créé par Yves Kerlo, prochainement dans les
personnalités de la semaine…)
Un
souvenir parmi des milliards d'autres : une chute de Gougy sur sa H2
Cassegrain en Critérium 750 à Magny-Cours lui occasionne la perte
d'une botte… Il remonte illico sur sa Kawa sans se soucier de
l'âge du capitaine ou de la perte de cet accessoire vestimentaire
et gagne la course avec une seule pompe ! Ce sont des détails comme
celui là qui font aimer la course moto et ses acteurs. Depuis cette
époque, je conserve une affection certaine pour le marchand de
salades le plus rapide de France (et même du Monde) dont la tête
n'a jamais enflé d'un micron.
Et
un autre, le matin, à la fin du petit déjeuner, Barry Sheene, l'un
des meilleurs pilotes du Monde, se lève, va laver sa tasse dans
l'évier et m'encourage parce que je vais aller piloter une 50cc
Itom lors des 6 heures de Chatelet en Brie… Un grand Monsieur tout
simple, d'une gentillesse infinie et toujours prêt à déconner !
Quelles
étaient tes machines préférées ?
Mes
machines préférées : toutes, pourvu qu'elles disposent d'un
moteur deux temps refroidi par air et de trois cylindres…
Peux-tu
nous parler des motos sur lesquelles tu roules actuellement ?
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En
2006, au guidon de sa 400 Kawa
sur le circuit du Vigeant
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La
Kawasaki KH400 que je pilote aujourd'hui avec un talent que nul ne
pourra manquer de remarquer est ma 77ème moto (Quads et ATC
compris). Contrairement aux gâcheurs qui, par pure vanité, roulent
plus vite que les autres et ne voient rien du paysage, je sais
apprécier la beauté d'un site : bords de piste, spectatrices que
je ne manque jamais de saluer… et je profite largement du temps
que je consacre à user sans vergogne pneumatiques et carburant à
Carole et autres hauts lieux culturels.
Après
quatre KTM (une 250 et trois 125), j'utilise la plus belle 250 Maico
de France, et peut-être même du Monde, puis une 250 Husky de 1980,
une Honda HM 230.
J'ai
également réalisé mon rêve et acheté une Kawasaki S2 avec
laquelle je me couvre de gloire lors de démonstrations, puis une
400 KH, puis une H2 Martin, puis un proto à base de 400 Kawa (mono-amortisseur,
fourche et pinces de frein 900 Bol d'Or, cylindres aux cotes TZ 82,
pots de TZ, boite courte, carbus de 38, etc déniché chez Kerlo).
Bien
entendu, j'utilise une moto pour me rendre au travail (Honda CB 500S
de 2002), seule solution pour passer à travers les embouteillages
parisiens créés par le khmer vert, Baupin… Je possède une
douzaine d'engins variés, presque tous en état de fonctionnement.
Te
reste-t-il encore un peu de temps pour d'autres loisirs ?
M'occuper
un peu de mes filles, le VTT avec les copains et copines le dimanche
matin.
Merci
Patrick pour ce succulent interview. Avec tes réponses pleines
d'humour et remplies de souvenirs sentant bon l'huile de ricin et la
nostalgie d'une époque " que les moins de 40 ans … " ,
je sais, on vous " bassine " un peu avec nos vieilleries,
tu nous as permis de mieux te connaître et je suis sur que quand un
pilote lira son prochain numéro de " France Moto ", il le
fera avec un regard nouveau…
Francis
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