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Personnalité de légende : Philippe Folie Dupart

Dans l'article consacré aux journalistes moto des années 70, publié sur le site Motomag et intitulé "L'oeil et la plume", je cite un certain Philippe Folie Dupart. J'ai connu Philippe à travers ses articles et photos quand il travaillait pour Moto Revue mais également pour sa grande passion pour le son et la hi-fi. Dans ce domaine il est rapidement devenu un spécialiste reconnu et encore aujourd'hui son nom circule dans les forums consacrés à la HiFi.

Philippe a bien voulu répondre à mes questions. Pour BIKE 70 il a repris la plume et avec le même brio que lorsqu'il écrivait pour Moto Revue, il nous livre ses souvenirs qui vont vous faire replonger dans l'ambiance fabuleuse de la moto des années 70.

Mais Philippe c'est également et avant tout un formidable photographe, alors pour illustrer ses propos, il a offert aux lecteurs de BIKE 70, 181 photos .... Merci Philippe pour ce cadeau, merci pour ta disponibilité et ta passion intacte.

Francis

La superbe galerie photos de Philippe (181 photos)

En dehors du site BIKE 70, l'utilisation des photos de Philippe
sur un autre support ou média, devra lui être soumise pour accord.

Philippe, peux-tu te présenter ?

Je suis né le 22 février 1946 à Paris. J’ai fait mes études secondaires à Versailles. Je suis marié, j’ai une fille de 36 ans et un fils de 30 ans.

Peux-tu nous parler de toi :

Philippe F-D et la photo ?

En dernière année de BTS construction mécanique je décide d’en rester là pour me lancer dans le monde de la photo. Cette passion pour l’image je la dois sûrement à mon père, photographe amateur, qui en 1956 pour mes dix ans m’offre un Brownie Flash Kodak dans sa belle boîte jaune. Avec cet appareil, je mitraille la famille et je m’amuse à tirer les négatifs sur papier au citrate dans des petits châssis exposés à la lumière du jour…

Les années passent et à ma passion pour la photo s’ajoute celle pour le son et la musique. À 17 ans je fais même partie d’un groupe de rock, « The Thunders » (tout un programme) comme chanteur.

À cette époque mon père me fait cadeau de son Foca Universel RC 24 x 36 (le Leica français) qui relance de plus belle mon intérêt pour l’image. L’année suivante je passe les vacances scolaires à travailler dans un magasin de photo… mon salaire, le 24 x 36 réflex qui fait rêver en 1964, celui des reporters de Paris Match de l’époque : un Nikon F doté d’un 50 mm f/1.4. Je n’ai dès lors plus qu’une idée, devenir photographe professionnel. Je laisse tomber le BTS et je retrouve le magasin de photo de mes vacances où je rentre comme vendeur. Je suggère à mon patron d’ajouter à son offre la photo de mariage… le photographe étant bien sûr moi-même ! L’idée lui plaît et il m’envoie faire un stage prise de vue et labo chez un pro de la question.

En 67, je quitte le magasin et décide de me lancer à mon compte. Entre-temps, j’ajoute le permis moto à mon permis voiture. La photo de mariage paye bien et me laisse du temps pour aller faire des images à Montlhéry et sur les courses de côte de la région ouest. Mes premières photos de sport mécanique sont réalisées avec mon fidèle Nikon F équipé d’un 300 mm « cul de bouteille ». Le piqué n’est pas terrible, mais à l’époque le télé Nikkor équivalent est beaucoup trop cher pour moi.

Les mois passent et j’accumule les images, tout en perfectionnant ma technique. Les évènements de mai 68 mettent un coup d’arrêt à mon activité de photographe indépendant, nombre de mariages étant reportés. En juin, je vais aux essais des 24 heures du Mans avec l’intention de faire des photos. En rusant j’arrive à m’introduire sur le circuit ce qui me permet de réaliser des images dans d’excellentes conditions malgré la pluie.

En juillet, un copain qui roule Norton Featherbed a par ailleurs une BSA 500 à suspension coulissante en pièces détachées… je la lui achète pour une bouchée de pain et je passe tout l’été à la remonter et la remettre à neuf (merci mes études de mécanique…). Pour la roder, je vais faire un tour en Angleterre avec un autre copain ayant une Velocette et qui veut en profiter pour acheter des pièces. Ce copain, Olivier Alain (futur passager épisodique en course de Charles Krajka), va d’une certaine façon jouer un rôle décisif dans mon avenir de reporter. Engagé aux records d’accélération de Villacoublay 68, il me demande de venir le photographier lors de ses tentatives. J’en profite pour réaliser un vrai reportage sur l’épreuve. Habitué au timing serré des photos de mariage je tire les clichés dès mon retour chez moi. Le landemain matin, en voyant les tirages, mon copain me dit : « Tu devrais essayer de les vendre aux journaux moto ». Aussitôt dit aussitôt fait, suivant son conseil je commence par « Les Motards » journal de Jean-Pierre Drexler qui n’est pas intéressé. Je me rends alors chez Moto Revue et là c’est ce qu’on appelle « arriver au bon endroit au bon moment » !
Le photographe dépêché à Villacoublay a loupé ses images… outre le fait que les miennes plaisent au rédac chef (Bruno Nardini) elles sauvent le reportage, MR étant à l’époque un hebdomadaire. Je suis présenté à Patrick Casasnovas, jeune président des Éditions Larivière qui vient de racheter Moto Revue. Il regarde mes photos et me dit : Vous avez du temps libre ? Cela vous intéresse-t-il de faire des reportages pour nous ? Pouvez-vous couvrir le Salon de la Moto la semaine prochaine ?
Et c’est comme ça que je me retrouve à vingt-deux ans photographe de reportage, responsable du labo du journal et titulaire d’une carte de presse. Je vis un rêve : être payé par le premier magazine français de moto pour faire des photos sur tous les circuits de France et d’Europe… une des plus belles périodes de ma vie ! L’aventure durera 7 ans, jusqu’à fin 1975, rien que du bonheur !

Philippe F-D et le « son » ?

Passionné « multicarte », outre la photo, je suis également à l’époque ce qu’on appellerait aujourd’hui un « Geek » de hi-fi et de prise de son. En 1974, membre d’une association de preneurs de sons (l’AFDERS), je réalise pour Hachette un ouvrage, « La HiFi en dix leçons » qui connaît un certain succès, vu la rareté de ce genre de littérature à l’époque. Je récidive en 75 avec un bouquin sur la prise de son. Or il se trouve que l’agence de publicité Marello/Veyrac a dans ses clients à la fois Kawasaki et Pioneer. Fin 75, C. Veyrac parle de moi au jeune président de MDF, importateur de Pioneer, qui demande à me rencontrer.
Les évènements s’enchaînent très vite : la proposition qui m’est faite ne se refuse pas, surtout quand on s’apprête à fonder une famille… je quitte MR pour devenir responsable de la communication de MDF. Poste que je vais occuper quelques années jusqu’à ce que je rencontre Dominique Blanc-Francard, célèbre ingénieur du son, avec qui je crée ZéroVu magazine, première revue française destinée aux professionnels de l’audio. Une nouvelle grande aventure ! J’assurerai la direction de ce mensuel pendant une bonne dizaine d’année. Durant cette période je réalise des reportages sur les plus grands studios, je rencontre les plus grands ingénieurs du son ainsi que de nombreux artistes et personnalités du showbiz international.

Suite à des divergences de point de vue je quitte la société éditrice de ZVqui vient d’être rachetée et je crée une agence de publicité spécialisée dans les produits audio professionnels. Au cours de vingt années, j’aurais le plaisir d’être successivement l’agence de communication de sociétés leader de ce secteur d’activité comme Bose et Sennheiser. Durant cette période, je fais à nouveau beaucoup de photos, publicitaires en studio ou sur des spectacles, évènements et concerts dans lesquels mes clients sont impliqués au niveau technique. En 2006, je vends l’agence. Depuis, la retraite… mais toujours beaucoup de photos (animalières en particulier) et de la musique en total amateur (sax ténor et guitare, jazz, blues).

Philippe F-D et le tir ?

Puisqu’on me pose la question ! J’ai pratiqué le tir sportif aux armes de poing durant les années 70. Une activité qui exerce la concentration et la maitrise de soi, en particulier au niveau musculaire et influx nerveux, et qui n’est pas sans rapport avec la photo de sport mécanique : saisir une moto en pleine vitesse, cadrée serrée dans le viseur, ça resemble beaucoup à du ball-trap ! Toujours chez Hachette, j’ai publié à l’époque un ouvrage sur le tir aux armes de poing et un autre sur la chasse photographique.

Motos possédées ?

Comme évoqué plus haut, outre les 50 cc Paloma Vesuvio et Spécial 50 Motobécane de mon adolescence,  ma première vraie moto a été une BSA 500 twin. J’ai eu ensuite, durant l’époque MR, une Velocette Thruxton Veeline (le charme musclé du mono 500 cc), une Guzzi V7 Spécial (surnommée la Pompe à feu), une 250 Yam trial, une Suzuki Trail et une 4 pattes 750 Honda. J’ai bien sûr aussi eu l’occasion de rouler sur un grand nombre de motos d’essai.
Après une période de quelques années sans moto, j’ai eu une Yamaha XS 750, une Yamaha FJ 1200, une Honda CBR 1000, une Suzuki Intruder et une Triumph 900 Trident qui est certainement la machine la plus riche en sensations que j’ai possédée. Actuellement je n’ai plus de moto. Ayant connu des temps où il n’y avait pratiquement aucune limitation de vitesse et ne supportant pas la frustration, je ne pourrais pas être actuellement sur une machine de plus de 100 CV sans avoir envie d’en exploiter les possibilités et… perdre mon permis en une semaine.

La superbe galerie photos de Philippe (181 photos)

En dehors du site BIKE 70, l'utilisation des photos de Philippe
sur un autre support ou média, devra lui être soumise pour accord.

Tes meilleurs souvenirs de motard et de photographe moto ...

Difficile de répondre tant les anecdotes et les bons souvenirs sont nombreux durant mon passage à Moto Revue.

Quels moments merveilleux que ceux passés de temps à autre, le matin des séances d’essais, devant la caravane de Findlay et Nanou à discuter au soleil autour d’un petit-déj.

Quels bons souvenirs aussi que ces virées à moto, en toute saison, pour se rendre en reportage sur les concentrations de l’époque, Elefantentreffen au Nurburgring, Cheval d’acier à Bruges, Lions Rally à Zolder, Millevaches en Corrèze, Chamois à Val d’Isère, etc.

Quelques annecdotes ...

Chaleur à la ferme :
Un moment fort en adrénaline, au virage de la Ferme à Montlhéry. Je suis au bord de la piste à l’extérieur de la courbe. Rougerie arrive, je le suis dans mon viseur, il prend de l’angle toujours sur les freins, et soudain sa roue avant se dérobe… il chute et fonce droit sur moi. La moto glisse d’un côté, Rougerie de l’autre. Je n’ai pas le temps de bouger. Je soulève juste le fourre-tout photo posé à côté de moi. La moto passe à 50 cm à gauche et Michel 50 cm à droite, là où était le fourre-tout. J’ai eu chaud ! Rougerie se relève sans dommage.Tout cela s’est déroulé en quelques fractions de secondes. Un commissaire qui a eu plus peur que moi arriveblanc comme un linge pour voir si ça va. À deux ou trois autres occasions, j’ai eu encore quelques montées d’adrénalines pour des raisons similaires. Il faut dire qu’à l’époque les photographes n’étaient pas « parqués ». Nous avions une liberté quasi totale dans le choix de nos emplacements de prise de vue. Faire des images au grand-angle du bord de la piste, les motos passant à moins d’un mètre, était courant.  Quelques fois il fallait un peu batailler avec les commissaires ou les gendarmes, mais nous arrivions presque toujours à nos fins.

Arsouille au stadium :
Parmi quelques courses mémorables, la bagarre Saarinen/Read en 500 cc à Hockenheim en 1973 : dans les lignes droites, Read et sa MV prenait l’avantage, mais à chaque retour dans les virages du stadium, Saarinen revenait sur lui. Ce dernier alla même jusqu’à provoquer Read en touchant à deux ou trois reprises la roue arrière de la MV avec la roue avant de sa machine. Un terme fut mis à cette incroyable (et dangeureuse) passe d’armes sur casse de la chaîne de la Yam de Saarinen. Ce dernier, qui sans cet incident aurait peut-être fini par passer Read et gagner, portait l’empreinte de la chaîne qui était venue le cingler dans le dos. Inutile de dire que Read était plutôt colère contre Saarinen à l’arrivée.

Images et sons made in USA :
Autres excellents souvenirs, les reportages à Daytona (une dizaine de jours à chaque fois). Il y avait la course des 200 miles bien sûr, mais aussi tout le folklore biker et des customs incroyables à photographier. L’édition 1974 a été particulière. J’ai pu y réaliser, outre les photos, diverses prises de son, dont l’enregistrement en stéréo d’un tour de Christian Bourgeois sur le circuit. Un casque intégral spécial avait été réalisé et doté de deux petits « carénages » profilés de façon à abriter des bruits d’air les micros logés à l’intérieur. Bourgeois était équipé d’un petit sac à dos dans lequel se trouvait un magnétophone. Le résultat dépassa nos espérances. La stéréo restituait bien l’ambiance sonore de l’anneau et sur la partie sinueuse l’inclinaison à gauche et à droite de la moto dans les virages. Le son des montées en régime moteur était nickel. On entendait parfaitement les autres machines et, magie sonore, avant de rentrer dans les stands Bourgeois avait eu la bonne idée de couper le moteur assez tôt, arrivant en roue libre, avec le bruit de l’air s’atténuant progressivement jusqu’à la réapparition des voix des mécaniciens autour de lui.

Noël au printemps :
En tant que motard, un de mes meilleurs souvenirs c’est quand je suis allé chercher ma 750 Honda chez Michel Laprie (Vésinet sports). Un modèle K0 viel or métal. Cette machine c’était l’entrée dans un Nouveau Monde : une puissance incroyable (env. 67 CV !!!), un bon 200 km/h une fois carénée, 4 cylindres, 4 échappements, un frein à disque et à l’usage, une fiabilité sans faille. On se faisait arrêter par les motards de la police qui demandaient à vérifier nos papiers (un prétexte) pour ensuite passer 10 minutes à examiner la 4 pattes sous toutes les coutures, une lueur de rêve dans le regard, condamnés qu’ils étaient à rouler sur leurs vieilles Ratier.

L’un rit, l’autre pleure :
Autre souvenir, ce jour où sur l’autoroute du Sud, de retour de reportage sur ma 750 équipée sport par M. Laprie (guidons bracelets, selle monoplace racing, repose-pieds/commandes reculés et carénage identique à celui des machines du Bol d’or) je rattrapais une SM Citroën. J’étais à environ 180 km/h, vitesse de « croisière » que la 4 pattes pouvait tenir sans problème. Le conducteur de la SM me voyant arriver dans son rétro accélère le rythme… je fais de même. Nous abordons la longue cuvette d’Auxerre et à la faveur de la descente la cadence augmente encore. Bien effacé derrière le carénage, j’accroche un bon 210 compteur. La SM est toujours devant moi à 50 m, lorsque soudain je vois de l’huile remonter sur ma bulle de carénage. J’ai trop tiré, trop longtemps. Je coupe les gazs, je débraye et je ralentis pour aller m’arrêter sur le bas-côté. J’ai de l’huile partout… je l’essuie avec un chiffon, y compris sur mon cuir, et j’essaie de voir d’où vient la fuite. En fait, il n’y a pas d’huile ailleurs qu’à l’extérieur du carénage. Je redémarre le moteur qui semble tourner parfaitement. Je reprends prudemment la route et 3 km plus loin je retrouve la SM sur la bande d’arrêt d’urgence, capot levé, moteur HS. En fait, l’huile maculant ma Honda était sortie par l’échappement de la Citroën en train de cracher ses soupapes. Ma fidèle 750 avait mis la SM au tapis !

Panique, « intégral »…
Sur le retour de la concentration des Millevaches en 71, nous roulions à trois : D. Borredon (pilote Coupe Kawa), F-M. Dumas et moi. Pas de neige, mais beaucoup d’eau. Sur nos trails, nous allions bon train, Dominique Borredon se montrant un vrai canon sur le mouillé. Nous entrons dans La Châtre à allure modérée et, fatigue ou malaise, je vois Dominique qui roulait devant moi aller brusquement vers le trottoir. Elle chute brutalement, glisse sur le bas-côté et va heurter un arbre de la tête (je n’oublierais jamais le bruit que ça a fait…). Le temps de m’arrêter, je cours vers Dominique qui git inanimée sur le sol. L’écran de son intégral a été arraché et elle a le visage plein de terre. Dumas arrive à son tour et nous appelons les secours. J’accompagne Dominique dans l’ambulance. Arrivé à l’hôpital elle est aussitôt emmenée par les urgentistes. Presque immédiatement on nous appelle… les médecins n’ont jamais vu un casque intégral et ont besoin de nous pour savoir comment l’enlever ! Des examens montrent rapidement que Dominique ne souffre heureusement que d’un léger traumatisme crânien. À n'en pas douter son intégral, relativement nouveau à l’époque, lui a sauvé la vie.

Tes plus mauvais souvenirs ...

Ceux qui m’ont marqué ont toujours été liés à la mort d’un pilote… celle d’André-Luc Apietto à Bourg-en-Bresse et de Christian Ravel à Spa sont deux exemples de ces horribles moments. Les deux fois j’étais sur le circuit. La photo de Christian Ravel s’amusant à regarder dans un téléobjectif quelques minutes avant de prendre le départ de sa dernière course est toujours pour moi chargée d’émotion.

Tes amis sur les Grands Prix (collègues, pilotes)

Il y avait une bonne ambiance entre photographes ou journalistes de revues concurrentes. Il est difficile de les citer tous. Voici quelques noms dans le désordre de personnes pour lesquelles j’avais le plus de sympathie.
Pour les coureurs : Christian Bourgeois, Jacques Findlay (et Nanou), André-Luc Apietto, Georges Fougeray, Jacques Roca, Gérard Debrock, Christian Ravel, Eric Offenstadt, Thierry Tchernine, Olivier Chevallier, Hubert Rigal, Michel Rougerie, René Guili, Guido Mandracci, Dominique Borredon.
Pour les photographes et journalistes : mes collègues Gilles Mallet, François-Marie Dumas, Christian Bourgeois, Jean-Claude Bargetzi, Bruno Nardini, Alain Kuligowski, et pour mes confrères, François Beau, Jean-Pierre Boulmé, Christian Lacombe, Jacques Bussillet, Philippe Debarle, Olivier de la Garoulaye, Philippe Michel, Philippe Cornut, Pierre Barret, Jean-Pierre Drexler, Fenouil.

Raconte-nous une semaine à Moto Revue à l'époque des GP

Il faut bien imaginer que MR était à l’époque un hebdomadaire, ce qui imposait un rythme de travail soutenu pour respecter les bouclages. Faisons partir la semaine de la parution du numéro, le jeudi. En ce qui concerne les courses du week-end et en particulier les GP, nous partions (photographe et rédacteur) soit le vendredi en voiture ou en moto et pour l’étranger en avion le samedi matin. Objectif, arriver sur le circuit pour les essais. Photos de mécanique dans les stands, repérages des points de prise de vue sur le circuit. On en profite pour faire déjà quelques images des pilotes en piste et réaliser interviews et photos d’ambiance. Le dimanche, retour le matin de bonne heure sur le circuit. Les courses se succèdent de même que les prises de vues. Entre le samedi et le dimanche, ce sont 6 ou 7 cartouches de film 36 poses, noir et couleur, qui sont exposées. Juste après le podium de la dernière course, départ du circuit pour l’aéroport ou selon le cas au volant ou au guidon. Dépôt des films dans la nuit au labo à Paris. Lundi matin branle-bas de combat au journal. Toutes les photos des évènements du week-end sont là. Le plus urgent : choisir la photo de couverture. Ensuite sélection des images illustrant les articles sur l’actualité du week-end. Tirage des photos et photogravure. Les maquettistes s’activent autour de leurs montages papier… à l’époque pas de mise en page sur ordinateur ! Le bouclage se prolonge alors souvent tard dans la nuit. Le numéro bouclé, la balle est maintenant dans le camp de l’imprimeur. Les jours suivants c’est le contenu du journal, hors actualité du week-end, qui est préparé pour le prochain numéro. Moment important dans la semaine : l’arrivée des premiers exemplaires du journal. Et généralement c’est là que se révèle la coquille que personne n’a vue au moment de la relecture des épreuves… une des plus belles dont je me souvienne : dans le chapeau d’un article sur un GP de Belgique de motocross on pouvait lire « le départ a été donné en présence du roi Babouin »… ça a failli faire un incident diplomatique, mais cette fois la on a toujours soupçonné une “correction” faite à la dernière minute par un facétieux à l’imprimerie.

A part la moto tu aimes ou tu aimais photographier qui et quoi et pourquoi ?

La photo n’a jamais cessé de faire partie de ma vie. Outre les photos de sport mécanique, j’ai toujours aimé tout photographier, tout ce qui interpelle ma sensibilité esthétique. J’ai toujours fait beaucoup de photos animalières et aujourd’hui, libre de mon temps, je continue à en faire ainsi que des photos de nature en général. J’aime aussi faire des images de spectacle, des portraits d’artistes sur scène, dans la magie des éclairages. Le numérique, à la prise de vue et en post-production, offre des possibilités créatives infinies telles que la technique HDRI. Paradoxalement, le numérique m’a donné envie de refaire du noir et blanc. Cependant, un regret : ne pas avoir pu profiter à l’époque des fantastiques possibilités des appareils actuels. Les photographes d’aujourd’hui bénéficient techniquement de beaucoup plus de liberté. Ils peuvent se concentrer sur la créativité, exemptés qu’ils sont de pas mal de contraintes et d’approximations, en matière d’exposition et surtout de mise au point grâce aux extraordinaires performances des systèmes autofocus actuels.

Tes loisirs en dehors de la moto ?

Au cours de ma vie, j’ai pratiqué très activement, l’alpinisme, le ski, le vélo de route, le funboard, et avec mon fils depuis une quinzaine d’années le VTT et le catamaran de sport. Aujourd’hui avec l’âge je me suis un peu calmé… je fais un peu de VTT et l’été il m’arrive de faire équipier sur le voilier d’un ami. L’astronomie amateur est également au nombre de mes loisirs. Outre la photo et encore la photo, la musique est bien sûr toujours au programme.

En matière de conclusion

Je le disais plus haut, le reportage moto a été pour moi le pied absolu et j’ai eu la chance de le pratiquer à une époque et avec des gens formidables. J’ai pu côtoyer des personnes d’exception comme Jack Findlay que j’ai eu le bonheur de rencontrer ensuite périodiquement jusqu’en 2007, année de sa disparition. Ceux qui sont trop jeunes pour les avoir connues ne peuvent se rendre compte à quel point ces années 70 ont vu les derniers moments du sport moto “pour le plaisir”. Bien sûr, tout n’était pas rose et il y aurait beaucoup à dire sur les conditions de sécurité de l’époque (grève des pilotes au GP d’Allemagne en 74), mais lors de la première moitié de cette décennie, privés ou semi-privés pouvaient encore se mesurer aux pilotes d’usine. À partir de 1975, l’ambiance a commencé à changer sur les circuits. Évolution inévitable, l’argent des sponsors et ses contreparties accentuait sa pression. Les mentalités évoluaient. Certains commençaient à avoir des comportements énervants tel ce pilote français me battant froid parce que je l’avais shooté devant le panneau publicitaire d’un concurrent de son sponsor… une accumulation de ce genre de petits faits agaçants a finalement facilité mon départ vers d’autres horizons. Peu de sports ont échappé à la professionnalisation. Cela a apporté de bonnes choses et d’autres exécrables comme la disparition de la convivialité qui existait avant. Pilotes, journalistes, photographes, mécaniciens, importateurs, formaient une sorte de grande famille. Il est effectif qu’aujourd’hui, les pilotes peuvent tous gagner leur vie en courant. La course moto a connu une passionnante évolution technologique et surtout, la sécurité a fait d’énormes progrès. Dans les années 70, chaque pilote savait au départ d’une course qu’il prenait le risque d’une éventuelle chute mortelle, ce qui n’est heureusement plus le cas actuellement. Combien de pilotes disparus seraient encore avec nous si les conditions de course d’alors avaient été celles d’aujourd’hui ? À travers ma galerie photo, j’ai essayé de rendre hommage à tous ces gens passionnés, pour leur talent, leur courage et leur générosité.

  La superbe galerie photos de Philippe (181 photos)

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