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Des années trépidantes Ces 20 années sur les circuits ont été fortes pour moi, je les ai vécues sans en perdre un instant. Au début des années 70, notre relation avec Jack s'est dégradée. Le film avait fait de nous un couple mythique, mais au sein du Continental Circus les couples de pilotes étaient mis à rude épreuve. Les coureurs étaient beaucoup sollicités, mais leurs femmes et petites amies aussi ! Moi, j'aimais cette vie libre et vagabonde, j'étais amoureuse des paddocks, de ce truc indéfinissable qu'était le Continental Circus. Je me moquais des propositions, je respectais Jack, mais nous n'avons jamais parlé ensemble de cette passion qui m'animait. Peut-être s'en rendait-il compte, et pourtant on ne peut pas dire que j'étais plus attachée au Continental qu'à lui. C'est paradoxal, car à la sortie du film Continental Circus en 1972 notre couple était mythifié alors que nous commencions à parler de séparation. | Star d'un film culte. Je n'aime pas ce film. Le projet initial, c'était de montrer un vice-champion du monde. TT 1972 Le film a été tourné la mauvaise année : Jack Findlay était autre chose que ce pilote toujours par terre. Il aurait fallu pouvoir dire pourquoi il tombe, pourquoi les casses s'accumulent. On m'a souvent dit que je lui ai volé la vedette, c'est aussi pourquoi je n'aime pas ce film. Mais je dois dire que j'adorais la musique. Dans le film, je suis provocatrice. J'en ai entendu parler de mes shorts, de mes seins, de mes perruques, de mes bottines. Je voulais mettre un peu d'animation dans le paddock, et j'avais ma réputation de Française à soutenir ! J'avais de bonnes copines parmi les femmes de coureurs, principalement des Anglaises, mais elles s'habillaient un peu tristement. Face aux petites nanas qui venaient draguer les stars, nous, les femmes de pilotes, nous devions marquer notre territoire. Dangers et blessures Les courses étaient violentes, beaucoup de pilotes se tuaient. Nous vivions dans cette atmosphère de liberté et de plaisirs éphémères. J'ai parfois eu la sensation que le rêve de Jack serait de mourir en course... J'étais tellement impliquée dans sa vie que cette idée était probablement fausse. Cet homme avait un courage hors du commun, mais ce courage l'emmenait dans des situations de danger où il aurait encore plus besoin de l'exprimer. Une sorte de cercle vicieux. Jack était très discret, même à moi il parlait peu. Il vivait avec des choses à lui, mais son amour de la moto et son plaisir de rouler étaient si forts... Jack était un idéaliste, méticuleux, perfectionniste, donc toujours insatisfait de ses propres résultats. Fin d'une vie de rêve La séparation d'avec Jack a été dure. Il fallait que j'aie ma liberté. Ce que je vais dire va surprendre, mais je ne me voyais pas avec lui hors des circuits. En même temps, une séparation est toujours un mauvais moment. Je suis revenue vivre sur la Côte d'Azur, parce que j'ai toujours aimé cet endroit, près de chez Insermini avec qui je suis restée amie. Autour de moi personne ne sait qui j'étais. Les voisins s'étonnent de voir autant de voitures étrangères devant ma porte, mais je n'ai jamais parlé ni du film ni de rien. A la mort de mes parents, j'ai eu la chance de toucher un petit héritage. J'ai placé cet argent en me disant qu'il ne devrait jamais servir à la course, que c'était un peu mon assurance-vie. Je me suis serré la ceinture, on a eu des moments difficiles mais j'ai tenu bon. Garder ces économies pour moi, ce n'était pas de la méfiance vis-à-vis de Jack, mais une mesure de prudence, presque de survie, parce que cette vie était tellement aléatoire. Et puis j'ai eu un gros pépin de santé en 1981. J'ai commencé à perdre la vue. Une vie à reconstruire. Opérations et traitements ayant échoué, je suis aveugle depuis 1994. J'en ai bavé pendant 13 ans à vouloir me suicider. On vit avec ce handicap parce qu'on ne peut pas faire autrement, mais on ne s'y fait jamais. Alors j'ai décidé de vivre comme si tout allait bien, je sors avec des amis, je vais visiter toutes les relations du Continental Circus que j'ai gardées, en Italie, en Angleterre, et même en Australie ! J'aime retrouver mes vieux amis et en même temps je n'aime pas qu'on s'apitoie sur notre temps d'autrefois. Il n'y a pas très longtemps, je suis allée au banquet des anciens pilotes à Lyon, j'ai eu une médaille ! Mais il faut que je sois honnête : j'apprécie cette affection que l'on me porte, y compris de jeunes gens qui n'étaient pas nés au moment de Continental Circus. NICE 2004 Cette interview, publiée à l'été 2004 dans Moto Légende, est en fait un agrégat de conversations téléphoniques. Nanou adore parler au téléphone, mais l'idée d'une interview ne lui plaisait pas. Très souvent, au cours de nos conversations, je lui disais " Attention Nanou, je prends des notes, un jour j'en ferai quelque chose " et ça la faisait rire. Lorsque ce texte a été publié, elle l'a fait traduire en anglais et envoyé à tous ses amis. Elle a gardé des liens étroits avec beaucoup de gens du Continental Circus et apprécie chaque occasion de resserrer ces contacts. A l'occasion d'une visite à Nice, j'ai pu voir combien la vie est difficile pour elle, car la cécité est un terrible handicap, surtout pour une personne âgée vivant seule. Mais Nanou est toujours aussi fière, vivant comme si de rien n'était, ne se plaignant jamais. Elle m'impressionne autant que lors de nos premières rencontres, à la fin des années soixante. D'ailleurs j'ai changé le titre de ce texte. Au lieu d'une femme libre dans l'ombre d'un champion, je préfère désormais une femme libre aux côtés des champions. Jacques Bussillet Merci Jacques, pour ce magnifique texte et ces photos qui nous montrent que Nanou était une vraie passionnée de sport moto, une personnalité du Continental Circus ... plus encore que ce que le film nous a montré d'elle. Au nom de tous les passionnés de la course moto de cette époque, je suis heureux de rendre hommage à cette grande dame de la moto et à à travers elle à toutes ces femmes moins connues (compagne, mère, soeur de pilote) qui dans "l'ombre" ont tant fait pour que la passion de celui qu'elle accompagnait puisse s'accomplir dans les meilleures conditions... Francis
Extrait du film Continental Circus
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