Encore
une sur la Coupe. Je l'avais oublié celle là ! Ben oui, on devient
vieux (savez ce qu'il vous dit le vieux ?).
Il
y a peut-être trois ans, j'ai été à Montlhéry pour une manif
célébrant les sixties et les seventies. Ma seconde fille, Claire,
était avec moi, trop jeune pour se souvenir de son padre sur une
moped (je n'ai pas touché à la bête depuis le Bol d'Or 1980).
Donc, pèlerinage. Elle devait se dire : " Il ne raconte rien
sur la moto, on va enfin voir ". Ah ça ! D'abord Montlhéry.
Il pleuvait. Normal. Ensuite, il y avait un paquet de mecs boueux
ayant omis de prendre une douche le matin, la veille et peut-être
même l'avant-veille. Mettez-vous à sa place, son mari, son père,
les copains, ils sentent le savon, pas le mouflon. Donc légère
surprise. Passons. À un moment, elle a regardé l'intérieur d'une
tente d'où dépassait une paire de bottes et m'a demandé en
rigolant : " Y a-t-il quelqu'un dans les bottes ? ". Un
renvoi style Veloce en mégaphone venant de la tente lui a servi de
réponse…
Un ange passa, dans l'angle et le genou par terre pour éviter les
effluves. Nous continuâmes notre exploration, moi parlant, elle
ouvrant des yeux ronds. Après que je lui eu démontré par B+S +A
qu'une BSA c'était mieux qu'une Norton (normal, j'ai eu une BZZZA
mais jamais de Norton), qu'une Guzz ne pouvait jeter qu'un coup d'œil
hautain à une japonaise surtout si la nipponne avait des cylindres
à trous, etc., elle m'avoua ne pas vraiment intégrer mon soliloque
(loque, pas les fringues mais comme loquace). J'ai encaissé,
stoïque, en me disant que j'avais été un bien mauvais père
puisque ma progéniture ne savait pas distinguer, par exemple, une
Vincent (le top) d'une BM (moto de prêtre ouvrier. Je n'ai rien
contre les ouvriers. Humour !). En début de soirée, nous passâmes
au repaire des Amis de la Coupe. Dialogues : " Tiens, Misgo,
c'est ta fille ? T'es sûr ? Elle te ressemble pas. Elle est
mignonne, comment t'as pu faire ça ? T'avais gardé ton casque ?
". Les blagues habituelles des copains, tout en finesse. S'ils
avaient vingt piges de plus, ils n'avaient en fait pas changé d'une
(à culbus). Nous tombons sur Yves Evrard, le pacha des Amis de la
Coupe. Ému en voyant ma rejetonne, il lui dit : " J'ai connu
ton père au Moto Club des Cheminots Sportifs de Paris en 1969
". Ma fille m'a demandé après " Tu as travaillé à la
SNCF à 16 ans ? ". Je lui ai dit non, mais elle doit encore se
demander ce que je fichais au MCCSP (Si Francis le veut bien, on en
parlera un jour, à propos de la Bastille). Ma fille et moi buvons
une orangeade (j'adore ce mot) et voilà-t-y-pas que le Yves
s'arsouille avec un gars et sort la boîte à gifles. Prends ça,
toi-même, tu vas voir, je vais t'écraser, espèce de rat, t'en es
un autre… Rien de bien méchant mais ça fait du vent. Faut dire
qu'Yves, ça lui fait un sacré boulot d'organiser tout ça. On ne
se rend pas bien compte quand on arrive la fleur au casque et que
tout est prêt. Alors Yves est parfois un peu sur les nerfs. Et
puis, il a un sacré tempérament. C'est un personnage. Ma gamine,
qui n'avait jamais vu une engueulade comme celle-ci, m'a interrogé
: " Sont-ils normaux ? ". Que lui répondre en sachant
qu'il ne faut jamais mentir à ses enfants ? Mais tout est bien qui
finit bien puisque quelques minutes après, Yves et le motard
perturbateur se réconcilient, Yves disant : " Tu comprends,
c'est la pression ", l'autre répondant : " Ouais, c'est
pas grave ", " D'accord, t'es un mec bien ", etc.
Copains comme cochons. Mais l'épisode avait été vraiment
croustillant. Le résultat, c'est que trois ans après quand j'ai
dit que le samedi soir des journées Coluche 2006 j'allais à Carole
voir les Amis de la Coupe, ma fille m'a répondu : " Je viens
avec toi, j'arrive, je suis là dans 20 secondes, si tu y vas sans
moi tu n'es plus mon père, je VEUX y aller ". Style un
spectacle d'une telle qualité ne se manque pas. Elle était loin,
son gamin à garder, etc., et n'a pas pu venir. Ce n'est pas grave
car ce soir-là, les Amis de la Coupe regardaient les prises vidéo
de la journée sur un ordi portable, calmes et sereins, en en disant
quant même des sévères (on ne se refait pas !). C'était cool,
nettement moins folklorique, mais très sympa, chaleureux. Des
potes, des vrais. Et puis il y avait un fiston d'Yves, déjà un
homme le chiard. Ça fait drôle de voir les mouflets des
potes.
Que
dire après cela ? Tiens, un message perso pour Yves Evrard après
quelques mots qu'il a prononcé à Carole quand on regardait les vidéos.
Yves a fait la Coupe. C'était un super bon mais a joué de
malchance. Un message avec la voix râpée des fumeurs de bécane.
Oh
Mister Coupe,
Pourquoi tu te loupes
Quelques maudits mots
Que tu dis l'œil clos
Administrés amer
Le visage sévère
Tard un samedi soir
Dans le froid dans le noir
Du Michel Coluche Day
À Mourousi speedway
T'envoyais
la poignée
La Coupe t'a échappé
L'a pas voulu de toi
Reste
que tu as
Le respect de tes frères
Des experts, de tes pairs
Oublie l'une (la coupe), garde l'autre (le respect)
Ta passion est la nôtre
Tard
un samedi soir
Dans le froid dans le noir
Du Michel Coluche Day
À Mourousi speedway Yo
François
Gomis