Un
dernier petit mot sur la Coupe, parce que je ne l'ai pas faite, la
Coupe.
Je
n'ai fait que les qualifs et un bout d'essais après lequel j'ai
quitté le tournage. Je le regrette maintenant parce que pour être
vraiment objectif, mais vraiment, au mollet ils m'arrivaient tous.
Des nains. Freinage sur l'angle, l'inter à l'un, l'exter à
l'autre, un coup de pompe à un troisième, pousse-toi minus, et
direction le drapeau à damiers, le tour d'honneur, les fleurs et
les filles qui s'évanouissent. Voilà ce que j'ai manqué. Mais
tout ça m'aurait sûrement vite lassé. Pas de regrets donc.
Venons-en au fait. Figurez-vous que quand un "coupeux" en
avait assez de dormir :
-
petit a) dans l'Estafette prêtée par son voisin de palier,
charcutier de son état, en échange d'un autocollant sur la Kawa
;
-
petit b) dans la voiture pourrie de Nono*, le bon pote qui fait la
mécanique, la bouffe, se fait toujours engueuler, panneaute et dit
" T'es le meilleur " alors que le "coupeux" se
traîne comme une pantoufle ;
-
petit c) sous la tente qui sent l'ours et la bière renversée sur
les sacs de couchage...
donc
quand il en avait assez de tout cela, il dormait à l'hôtel.
Seulement l'hôtel, c'est payant. Oui, oui. Mais il y avait une
faille dans la cuirasse d'un hôtel proche d'un circuit du sud : on
payait juste avant de partir. Grave erreur parce qu'on peut aussi
s'en aller juste avant de payer. Ce qui firent un "coupeux"
et sa bande. Ils dormirent et firent ripaille à 5 pendant trois
jours ! En invitant au passage tout une bande d'autres "coupeux"
à leurs joyeuses mais néanmoins suspectes libations (ils
commandaient tous à la carte et prenaient deux desserts). On dit
qu'ils étaient 19 à table le samedi soir (ça doit être
exagéré, quinze maxi). Le tôlier aurait dû se méfier. Faut lui
pardonner, il avait une voiture. Nos lascars s'enfuirent donc de
l'hôtel vers quatre heures dans la nuit du dimanche au lundi en
passant par une fenêtre. Ce délit de grivèlerie peut aussi se
dire " faire barbe ". Seulement, il y eût un hic. Le
"coupeux" avait fait podium et le lundi matin avait sa
photo dans le journal local ! L'hôtelier, le pingre, le mesquin,
l'ingrat, vous savez ce qu'il fit ? Il le dénonça ! et jeta en
pâture notre grand tailleur de barbe aux autorités. Plus de trente
ans après, je trouve toujours ça toujours aussi petit. Quand on
héberge le talent, on l'invite… Finalement, il paraît que c'est
l'organisateur de la Coupe qui a payé l'hôtelier pour étouffer
l'affaire qui faisait désordre pour Kawa. Vous ne croyez pas cette
histoire ? Vous avez peut-être raison car les "coupeux"
de cette époque étaient gentils, propres, polis, bien coiffés et
d'une probité sans faille. Sauf un. " Son nom, son nom, son
nom " me scandent les motards internautes ivres de colère (une
précision, avant d'être ivres de colère, ils étaient déjà
bourrés). Sous la menace je rajoute un indice (composé et en
chiffres) dans le texte. Ma lâcheté me sauve de la horde casquée.
*
Si le "coupeux" dort dans la voiture de Nono, où dort
Nono ? M'enfin, c'est évident, dehors, près de la Kawa, pour la
surveiller.
François
Gomis