Christian Ravel, un nom que les plus jeunes ne
connaissent pas. Pourtant au début des années 70, c'était l'un des plus
grands espoirs de la moto française. Certains voyaient même en lui le futur
et premier Champion du Monde français. Il fut également l'un des premiers
pilotes moto à faire parler de lui dans les grands médias. Pour beaucoup de
motards de cette époque Christian est devenu un mythe.
EXTRAIT de LA MOTO N°2 (1970)
"Christian Ravel se sent bien dans sa peau,
à 12 ans lorsque son père l'emmenait à Montlhéry il s'était déjà
dit qu'il courrait, à moto ou en voiture, qu'importe mais il serait
pilote. Aujourd'hui, à 22 ans, c'est chose faite. Certes il court depuis
six ans mais jusqu'alors il considère qu'auparavant ce n'était pas
sérieux, plutôt de l'amateurisme. Et pour lui la course ne tolère pas
de s'y engager à demi. A présent il est pilote à part entière sans
aucune autre contrainte professionnelle. Il s'explique : " On ne peut
mener sérieusement une carrière de coureur, c'est-à-dire participer
tous les dimanches à des épreuves et s'y rendre, quelque fois fort loin,
et occuper un autre emploi, même si c'est un emploi de complaisance. Et
tenter d'accéder à un vrai niveau international demande de se consacrer
entièrement à cela ".
Si Christian Ravel n'avait en tout et pour tout gagner que le championnat
de France des 500 cm3 il ne se distinguerait guère des dizaines de
champions qui meublent de leurs noms nos tablettes nationales mais à
l'entrée de la saison 1970 il fit déjà valoir ses intentions et ses
possibilités qui promettaient mieux en s'imposant dans le Critérium
international du Mans, face à d'excellents adversaires étrangers et sur
le long circuit détrempé de la Sarthe. De surcroît, tandis qu'il
forgeait sa première grande victoire, il s'initiait au difficile pilotage
de la 500 cm3 Kawasaki H 1 R qu'il avait reçue la veille.
" Ce n'est pas une machine facile à mener, avoue-t-il, elle est
haute et d'un bon poids, de plus il y a des chevaux (70), pas très
dociles, son moteur est beaucoup moins souple que celui de la MV, j'ai eu
l'occasion de m'en rendre compte en roulant à côté d'Agostini ; c'est
un deux temps, si l'on n'y rend pas garde il s'engorge très vite. "
Bien avant la fin du championnat de France Christian Ravel brandissait un
titre qu'aucun de ses rivaux nationaux ne pouvaient plus lui contester.
Huit jours après Le Mans c'était une autre victoire à Montlhéry, aux
Coupes Eugène Mauve, puis encore un autre succès international à
Bourg-en-Bresse où rarement un Français gagna en 500 cm3. Ensuite
Christian Ravel piétine un peu dans sa course au titre tricolore à la
suite d'un ennui d'allumage aux Trophées de vitesse à Montlhéry et
d'une chute à Clermont-Ferrand mais à Montlhéry, pour le Critérium, il
retrouve le bouquet du vainqueur. C'est alors l'entracte de la saison en
France mais pas pour le nouveau champion qui considère que la vérité se
tient dans les Grands Prix des championnats mondiaux. " Là tout y
est différent, c'est difficile à expliquer, la course prend une autre
dimension ; il faut jouer serré, se battre contre des adversaires qui en
veulent et surmonter toutes sortes de difficultés de pilotage que l'on ne
trouve pas sur nos circuits. Christian Ravel connut sa période "
chien-fou ". Il le reconnaît en soulignant qu'il courait pour
s'amuser.
C'était en 1964 quand il débuta avec une 250
cm3 Yamaha YDS 2 aux Coupes du Salon, en 1965, aussi avec la même moto de
formule sport. Ce caractère un peu turbulent lui valut néanmoins le
championnat de Franc
e des 250 cm3 en 1966, gagné avec une Ducati Mach 1
et une Yamaha prêtée par Weiss. Les trois saisons suivantes il
vagabondera, passant un instant au service
de l'importateur des Aermacchi puis aux Yamaha du même Weiss, au 50 cm3
Kreidler 12 vitesses avec lequel il court son premier GP de France à Charade
(c'était le 50 Kreidler d’Anscheid qui possédait deux boites,
l’une au pied, l’autre à la main) et à
la 500 cm3 Velocette qu'il réussit à imposer à la victoire aux Coupes
de Paris, ce qui est rare pour ce mono anglais. Toutes ces courses lui ont
permis de se débarrasser de sa fougue et il se stabilise. En 1969 il juge
avec plus de pondération la compétition et l'avenir. Il est engagé par
l'écurie Yamaha-Sonauto pour courir dans trois classes ; en fait il
piloter
a surtout la 250 cm3 avec laquelle il accède à la place de
vice-champion derrière le N' 1 de l'équipe, Jean Auréal. Avec cette
Yamaha il aura pu aussi participer à trois grands prix. Désormais, et
c'est là le tournant de sa carrière, c'est en professionnel qu'il veut
aborder la compétition. Les 1 000 km du Mans lui ouvrent cette voie. La
Sidemm, importatrice des Kawasaki, représentée par Xavier Maugendre, lui
propose d'y piloter une 500 cm3 Mach IIl avec Tébec. C'est la victoire et
un pied dans cette écurie qui la saison suivante, en 1970, va recevoir
deux H 1 R. Ce programme se concrétise lorsqu'une bonne fée, en la
personne de Danièle Baranne, décide que sa société, bien connue pour
ses pâtes d'entre- tien des cuirs, apportera son concours à ce team.
La H 1 R bien en main, le titre national en
poche, Kawasaki-Baranne derrière pour les problèmes matériels, moins de
fougue et plus de métier, Christian Ravel se retrouve en juillet ce qu'il
a toujours rêvé d'être : un professionnel parmi les professionnels. Et
d'entrée c'est un succès inespéré avec une place de second au GP de
Belgique, sur le circuit de Francorchamps, déjà l'un des plus difficiles
en lui-même mais d'autant plus terrifiant lorsqu'il pleut comme c'était
le cas. Fort de cette expérience probante il enc
haîne GP sur GP dont il
découvre les circuits les uns après les autres. Aux premiers essais de
l'Allemagne de l'Est, sur le Sachsenring, il réalise le 18e temps et
prend le départ avec le 14e. Mais en course - il a alors eu le temps
d'assimiler ce circuit - il tient la 3e position jusqu'au moment où
quelques ennuis mécaniques le relèguent à la 5e place, un classement
unique pour un Français depuis fort longtemps dans ce GP. En Finlande il
était parti pour signer un ex
ploit.
Durant les trois premiers tours il tient tête à l'invincible Agostini,
ouvrant la route devant Molloy et
le champion italien. Ceux-ci parviennent à le passer mais
Ravel s'accroche à cette troisième position quand un piston percé lui
impose l'immobilisme. A la cotation de la bourse des pilotes chaque grand
prix lui vaut quelques points supplémentaires. Tout en explorant le
circuit de Dundrod aux essais de l'Ulster GP il réalise le 6e meilleur
temps après seulement cinq tours ; c'est là la preuve d'un certain
métier, probable- ment aussi d'un don. En course il réalisera le 3e
chrono " au tour derrière Agostini et Molloy avant de connaître le
plus mauvais souvenir de ses 22 printemps. Sur le 5e rapport de la boîte
de vitesses, à pleine ouverture de gaz, à 9 500 tr/mn, soit 240 km/h
environ - l'Ulster exige une démultiplication presqu'aussi longue que
Francorchamps, une dent en moins - la Kawasaki décolle sur une bosse,
comme à chaque tour, mais à celui-ci lorsqu'elle se repose elle se
bloque sur sa roue avant et son pilote est éjecté instantanément. Ravel
ne saura jamais ce qui se pass
a,
et il suppose que la roue avant n'était pas parfaitement en ligne
lorsqu'elle reprit contact avec le sol. Mais il est satisfait de pouvoir
raconter cet accident qui heureusement ne se solda que par une blessure au
pied qui vint heurter l'un des arbres qui bordent la route. Malgré ce
souvenir acide Christian Ravel préfère des circuits routiers comme ceux
du Sachsenring, de Francorchamps ou d'Assen, à ceux artificiels et
dessinés de toute pièce, tels le Castelet ou le Bugatti. " Les
pilotes y sont nivelés par les caractéristiques des courbes et du
tracé. D'ailleurs ces circuits se ressemblent beaucoup entre-eux. Je ne
dénie pas leur principale qualité : la sécurité qu'ils apportent aux
pilotes mais je préfère les vrais circuits routiers et leurs
difficultés en tous genres. Là, en plus du pilotage, il faut qu'un
coureur serre les dents et sorte ce qu'il a dans le ventre ; la sélection
se fait. " Aurions-nous retrouvé, quelque vingt ans après Jacques
Collot, un pilote français bien trempé comme le fut le coureur vésulien
? Si tel est le cas Christian Ravel ira loin car pour s'imposer au sommet
international des 500 cm3 il faut une âme forte... et une bonne moto."
Ensuite il y eu cette terrible année 1971 ...
Christian nous pensons encore à toi.