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Raymond le rapide...
Sans doute le plus mystérieux des pilotes
français... mais certainement pas le moins doué... et double
champion du monde quand même.
Après s'être fait la main sur les
très formatrices routes du var, Roche alors apprenti chez Ruggia (
le père ) concessionnaire Yamaha à Hyères a l'occasion d'essayer
la TZ du pilote du magasin sur le circuit du Luc. La légende veut
que Raymond ne couvre que quelques tours avant de mettre la moto par
terre mais que le père Ruggia ait été plus que songeur en voyant
le chrono que son apprenti venait de réaliser !
Bref, après avoir
fait parler de lui dans des courses françaises en 125 et en 250,
Raymond s'engage au GP de France 250 en 1976. C'est son premier GP,
ça sera aussi sa première première ligne puisqu'il réalise le
second temps aux essais. Et encore, une rumeur a couru sur la
cylindrée de la moto de l'auteur de la pole ce jour là. Le
lendemain, Roche ne se contentera pas de cette première ligne et se
battra dans le paquet de tête avant de se mettre au tas. Le retour
sur Toulon avec le père Ruggia a été chaud.
Il faut ensuite
attendre le GP d'Angleterre 1978 pour un nouveau coup d'éclat, un
podium au GP 250 à Silverstone.
Malgré son gabarit
parfaitement adapté aux petites cylindrées, il monte en 750
l'année suivante. Petit mais trapu et costaud, souple, extrêmement
mobile sur la moto, il trouve avec la 750 OW un outil à sa mesure.
C'est la grande époque du championnat du monde 750, Pons est la
locomotive qui emmène d'autres français dont les deux espoirs
Roche et Fontan. Cela vaudra à Raymond de participer au bol d'or
sur une OW officielle Sonauto. Un bol où ses qualités de pilote et
de metteur au point vont être mises en valeur.
Aux essais, Les Yam
ont des problèmes de châssis insolubles. Raymond part pour un run
dans ce qui est son jardin, revient, livre son diagnostic qui
s'avère exact " huile de fourche trop fluide", les yam
n'ont plus de problème de châssis. La légende est en marche.
L'année suivante s'annonçait sous de meilleurs auspices avec une
500TZ et un peu plus d'aide... Seulement cette année là, la 500TZ
n'était pas une réussite... En milieu de saison, Raymond intègre
le team Sonauto pour remplacer Christian Sarron blessé et rejoindre
un pilote avec qui, malgré des origines et des trajectoires très
différentes il a beaucoup d'affinités, Patrick Pons. Mais même au
sein du team Sonauto, la 500TZ ne va pas mieux, tout ne va pas
forcément pour le mieux au sein du team Sonauto d'ailleurs... Bref,
pas le meilleur endroit pour briller. Heureusement qu'il y a Pons,
la bonne collaboration entre les pilotes et l'amitié renforcée
entre les deux hommes. Jusqu'à ce maudit GP d'Angleterre.
Après un denier
Bol d'Or, où il va
briller avec son compère Lafond, c'est la fin de l'éphémère aventure
Sonauto mais pas fin des 500...
L'année suivante,
parce qu'il faut
vivre, parce que le monde de l'endurance se souvient du Bol, Roche
signe avec Lafond chez Serge Rosset ( Kawasaki) pour un programme d'endurance allégé. Parallèlement à cela, Raymond et Lafond
doivent rouler en GP avec des 500 Suzuki client.... Mais parfois les
choses ne se déroulent pas comme prévu... Les 24h du Mans ouvrent
la saison d'endurance; Honda arrive avec ses deux vedettes
américaines, Mike Baldwin et Dave Aldana. Un Baldwin qui a déjà
occasionnellement créé la sensation en GP500 au guidon d'une
Suzuki privée, la nouvelle star américaine montante. Et là,
surprise aux essais, les deux jeunots de chez kawa sont devant. En
course aussi, les ricains se font taper. A force d'en remettre,
Raymond finit par sortir dans le chemin aux boeufs qui est à
l'époque une courbe ultrarapide. Fin du show pour les jeunots ?
Roche ne l'entend pas de cette oreille. Après un passage ultra
rapide par l'infirmerie, il ramène la kawa aux stands et repart
avec son compère Lafond pour une remontée... La kawa casse
l'allumage, un mécanicien de génie bricole pour finir la course,
Roche-Lafond retournent au charbon et marquent des points.
A la
course suivante, Roche-Lafond sont présents car Rosset a finalement
décidé d'élargir leur participation à tout le mondial
d'endurance. Baldwin avec la Honda tombe au premier tour et rentre
à pied alors que la moto n'a rien... C'est le début des frasques
du duo de choc Baldwin-Aldana. Ce sera une saison très difficile
pour Mr Guillou... Roche et Lafond gagnent.
A
la fin de la saison, après une dure lutte avec leurs copéquipiers
chez Kawasaki Huguet-Chemarin, Roche et Lafond sont champions du
monde d'endurance.
En
1982, il n'y a plus d'américains chez Honda. Par contre,
Raymond Roche rentre chez Honda où il aura comme coéquipier Dominique
Sarron. En entrant chez Honda pour l'endurance, Roche n'a
certainement rien calculé par rapport aux GP500 qui restent quand
même son objectif. Il va rouler en endurance chez Honda et fera
quelques GP avec sa 500 Suzuki. Pourtant, c'est chez Honda que
Raymond va enfin avoir sa vraie chance, mais il ne le sait pas
encore. En effet, c'est cette année là que Honda effectue son
retour en GP 500 avec sa 3 cylindres. Il n'est pas encore question
d'une moto client, il n'y a pas de passerelle entre l'endurance et
les GP, ce que Honda attend de Roche, c'est des résultats en
endurance. Sur ce plan là, tout va bien même si la saison est
écourtée suite à un mauvais carton aux 24h de Barcelone où Roche
découvre une moto par terre non signalée après une bosse. Mais
fin 82, la nouvelle tombe, Honda va lancer une série très limitée
de répliques de ses 500NS. J.l. Guillou est un sportif, le deal est
conclu, Honda France fournit une 500, Total donne un gros coup de
main et Roche peut partir tenter sa chance en mondial 500.
Les
deux années 83-84 seront deux grandes cuvées Raymond Roche. La
Honda semble convenir a merveille au pilotage de Raymond et il
semble en phase avec le fonctionnement de la grosse maison Honda.
Lorsque quelque chose ne lui plait pas Mr Guillou le dit. Mais il le
dit en face, sous un auvent fermé, pas devant un parterre de
journalistes.
83 sera la
saison de coups d'éclat, premières
lignes, trublion au milieu des motos d'usines, les japonais du HRC
apprennent à connaître ce petit français avec son petit auvent et
ses deux mécanos. Une
victoire au bol d'or associé à Dominiuque Sarron et Guy
bertin parachève cette splendide saison
84 sera la
"presque" consécration... Mais là,
même plus de 20 ans après, même en tenant compte des
spécificités culturelles japonaises, certaines choses demeurent
inexpliquées. Bref, Spencer le top pilote Honda se blesse au
premier GP et Honda prête un moteur d'usine à Raymond, charge à lui
de monter ce moteur dans son châssis standard. D'où immédiatement
une seconde place derrière Lawson sous la pluie de Kyalami...
Ensuite, Spencer ne revient pas si vite que cela aux affaires, la
Honda V4 manque de développement et Roche reste longtemps le pilote
Honda le mieux placé au mondial. malgré cela, les vraies V3 usine
resteront à Bruxelles et Raymond devra même négocier âprement
pour conserver le moteur usine. Cette saison là, Roche aurait du
gagner un GP500, au moins un... Comme à Assen où il bataille toute la
course avec un Mamola qui joue lui aussi sa survie en GP et le
taxera d'un cheveu dans la dernière chicane ou également le Grand
prix d'Italie (voir
vidéos) ... mais le Monkey a une
moto d'usine complète. A la fin de la saison, c'est Eddie Lawson et
la Yamaha qui seront champions du monde.


Même si sa cote est
toujours grandissante chez Honda, même s'il a parfaitement
intégré le fonctionnement japonais, las d'attendre une vraie moto
d'usine complète, Roche signe chez Yamaha Agostini en 1985.
Et il se
retrouve au sein d'un team entièrement dévoué à son premier
pilote, Eddie Lawson. La saison débute mal avec une gamelle
mémorable due à une durite d'eau débranchée et seule une seconde
place au GP de France est là pour rappeler que Raymond Roche va
toujours vite.
En 1986, retour chez Honda au sein du team Katayama
mais malheureusement chez Honda, les choses ont changé; Freddie
Spencer va certes stopper sa saison après quelques tours lors du premier
GP en Espagne, mais Wayne Gardner, couvé par Honda Britain est la
nouvelle étoile montante de Honda. La 500V3 a peu évolué, la
concurrence s'est organisée, les bonnes Yam usine sont plus
nombreuses... bref, en 1986, une bonne 500 V3 n'est plus l'arme
qu'elle était en 83-84. Les pièces usine promises tardent à
arriver... Raymond se fâche, va parler directement aux pontes du
HRC qui ne l'ont pas oublié. Il obtient alors un cadeau
empoisonné, un V4 usine mais sans essais libres, en milieu de
saison... Raymond n'a pas le choix, il ne
peut pas refuser cette moto d'usine qu'il attend depuis si
longtemps... Il s'en suit une gamelle monumentale au GP de Belgique
et ensuite, le GP de france. Il faut souligner que la 500V4 86 est
loin d'être parfaite et Gardner promu pilote d'usine est parfois un
peu perdu avec. Certains se souviennent peut-être d'une scène
très étrange dans le paddock du Castellet, derrière les stands, en
plein air... Un mécano du HRC était en train de s'affairer autour
de la moto de Raymond. Très très soigneusement, il masquait avec
du venilia jaune le numéro de Raymond inscrit sur les plaques.
Ensuite, une fois le numéro masqué, c'est le numéro de Wayne
Gardner qui a été posé sur les plaques. Visiblement, Gardner
allait rouler le lendemain au warm up avec la moto de Roche. Le
lendemain, Roche est dans le paquet de tête, le rythme n'est pas
hyper rapide... pourtant, au bout de quelques tours, il ne repasse
pas... Si, il repasse attardé, le carénage râpé, un cale pied
tordu ? A l'arrivée, Lawson est devant Mamola (sur une Yam, pourtant
parti avec une ligne droite de retard), Sarron et Baldwin (de
retour en Europe sur une Yam Roberts). Gardner et la V4 sont loin
derrière.
En 1987, Gardner sera champion du monde
sur la Honda V4
tandis que Raymond signe chez Cagiva comme coéquipier de Didier De
Radigues qui arrive avec Alain Chevalier. L'affiche était belle, Raymond donne le meilleur de lui mais la Cagiva affiche encore un
certain retard technique. En 1988, De Radigues est remplacé par
Randy Mamola chez Cagiva. La moto manque encore de développement
mais Raymond se bat comme un acharné. jusqu'à ce foutu GP d'Italie
où il se fait percuter après l'arrivée. Gravement blessé, il ne
reviendra qu'en fin d'année pour constater qu'en son absence,
Mamola a occupé tout l'espace.
Dans le même temps, au sein du
groupe Cagiva, la Ducati 851 semble montrer un beau potentiel en
Superbike. Il ne manque plus qu'un pilote vraiment dans le coup au
guidon pour en être certain. Raymond se laisse tenter et essaye la
moto lors des 3 dernières courses de la saison 88. La moto est dans
le coup, le pilote aussi mais il reste du travail de développement
et de fiabilisation. Le paddock Superbike a tout de même compris
qu'en 1989 la Ducati serait devant.
Malheureusement, 1989 est encore
une saison de travail pour la Ducati; la performance est là mais la
fiabilité fait encore souvent défaut et malgré 5 victoires, 11
podiums, 4 pôle positions, 6 meilleurs tour Raymond n'est
"que" troisième mondial.
Mais il s'obstine, continue à
pousser, à travailler pour fiabiliser cette bombe rouge. Et 1990
sera enfin l'année de Roche, Champion du Monde Superbike, des
victoires, des records du tour, des pôles et de la régularité. (voir
vidéos)
La
suite appartient aux années 1990... A nouveau une vedette
américaine... Le bagou d'Erraldo Ferraci... Les italiens ont une
mentalité différente des japonais mais le résultat est le
même... sans doute la taille du marché américain ? Polen profite
immédiatement de tout le travail entrepris par Roche en 1989, voire
plus puisque Polen se voit confier en douce de meilleurs moteurs.
Roche est Vice Champion du Monde en 1991 et 1992 et raccroche
définitivement son cuir quand il découvre l'embrouille des moteurs
de Polen.
Depuis, les Ducati ont empilé les titres mondiaux en SBK,
Capitalisé sur le savoir faire et la dynamique SBK pour construire
une moto GP gagnante. Mais à l'origine de tout cela, il y a un
petit français qui en transformant le "twin rapide mais
fragile" en un champion du monde a peut être servi de
détonateur.
Texte
de Gilles Chabanol
Voir
la superbe galerie photos de Manfred Mothes
Philippe
Michel, pilote, ami et responsable technique de Raymond Roche
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