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INTERVIEW
REALISEE EN JUILLET 2009
FB
: Eric, peux tu te présenter
EO
: Je
suis né avec la seconde guerre mondiale, qui
s’est empressée de tuer un capitaine de
char en Lorraine, mon père, en mars 1940… j’avais
trois mois. Du plus loin que je me souvienne,
j’ai toujours été vieux… et à 7 ans mes
parents m’appelaient « grand-père ». A 30
ans, pour mes débuts en GP moto j’étais
Pépé. A 62 ans, je suis devenu papitou pour
ma petite fille Cassandra… Même ma fille
cadette (19 ans) et mon fils m’appellent
maintenant papitou !
FB
; Parle nous de ton début en moto
EO
: En
1959, élève de Sciences expérimentales au
Lycée français de Barcelone, je fais 4 fois
par an le voyage Paris/Barcelonne avec ma
Royal Enfield « Crusader », quand à la fin
de l’année scolaire, chez PSALTY, l’importateur,
je tombe sur un lascar qui me dit : Je cours
sur la même moto que vous : « pourquoi vous
ne la faîtes pas préparer » ? Moi : « Vous
courrez après qui ? »… Je ne savais même
pas que les courses de moto existaient !
Première course Coupes de Paris, je me
traîne et mon copain Emmanuel Zurini me tend
un panneau : « PINCE ! ». Seconde course,
aux coupes du salon, je finis second de
BARGETZI sans jamais essayer de le doubler…
sans même y penser !
En
1960,
je revend ma Crusader, et achète un
Settebello… LA moto de l’époque et c’est
Marcellino HERRANTZ, un super mec, qui m’apprend
à préparer un moteur… alors que nous
étions les deux adversaires directs. La
chevalerie, ça existait encore !!!! La course
qui m’a marqué dans cette période moto «
amateur » c’est ma victoire avec la 125
desmo Ducati ex-usine de GARREAU aux coupes du
Salon 62. Je m’en souviens parce que j’ai
doublé JPB à l’extérieur dans la ferme.
Cela m’a valu une page couverture dans Moto
Revue… je crois me souvenir ?
FB
: Ton passage à l'automobile ?
EO
: En 1963, j’avais le choix : Passer en GP
moto ou m’essayer en monoplace. L’investissement
n’était pas très différent et le début
en GP d’un pilote privé face aux usines pas
évident, alors j'ai choisi la course auto ..
FB
: Une anecdote ?
EO
: La fin
de ma carrière Auto s’est matérialisée
avec la PROTOS, une voiture a châssis en bois
!!! Au Nurburgring (Südschleiffe), je vois
Jim Clark dans mes rétros, aux essais, je le
laisse passer dans le but de prendre ses roues…
Mais dans ses roues, il y avait Graham HILL et
nous allons tous les deux gôuter aux buissons
et végétations diverses de la région. Je
suis couché dans l’herbe sous la voiture
qui m’a écrabouillé le nez et avec l’essence
et le sang qui me dégouline sur la tronche.
Je me dis « Quand je vais entendre : Woufffff
! Çà va faire un joli feu de bois».
FB
: Les pilotes qui t'ont marqué en auto ...
EO
: Les pilotes qui m’ont marqué en
Auto : Jacky Stewart que j’ai battu une
paire de fois en F3 comme en F2. Un homme
doté d’un cerveau d’une redoutable
efficacité. Jochen RINDT, le seul champion de
monde de F1 à titre posthume et mon
coéquipier chez LOTUS, l’adorable et timide
Jim CLARK : Les dons à l’état pur
FB
: Ton retour à la moto ?
EO
: ... Après
çà, les écuries de plus en plus mauvaises
où fauchées et les résultats qui s’en
suivent font que pour 1970 j’ai le choix de
redescendre en F3 avec une auto d’usine ou
de me faire prêter une H1R par mon copain
Maugendre, a qui je dois ma carrière moto,
pour entamer une aventure en GP…. A 30 ans !
d’où mon nom de guerre : Pépé. Maugendre
nous dégotte un sponsoring, Ravel et moi.
Nous faisons ainsi la connaissance de la très
sympathique Danièle Baranne. Je ne vous
raconte pas les commérages du « paddock »
sur le premier véritable sponsoring en moto !
Première
course NOGARO. En l’absence de Ravel, je
fais la pôle. Tout à ma joie, je me balade
dans le paddock et je vois une « cercle » de
pilotes en plein conciliabule, dont mon vieux
copain (de 8 ans avant en national) : Jacques
ROCCA !
Salut
Jacques… Que se passe t’il ? Lui : « Tu
sais très bien ce qu’il y a ! » Moi : Non,
dis-moi ! Lui : « Ca va, ne fais pas le malin
! » Moi : Mais dis-moi, enfin ! Lui : « On
sait bien que tu as acheté les
chronométreurs ! »
L’intru,
le traître qui était partit en Auto et qui
avait le culot de revenir avec une moto «
fournie » et un sponsor « offert » ne
pouvait pas avoir fait la pôle… c’était
évident !
Je
crois que si je n’avais pas largué tout le
monde le lendemain, avant d’abandonner sur
une panne de ???... le doute serait resté !
Mon
H1R n’allait pas très vite et j’étais
régulièrement derrière Christian (meilleure
place de l‘année 4ème à IMATRA). Il fallu
les 1000km du Mans sur la même moto
préparée par son mécanicien le génial Paul
Guylay, pour que je m’aperçoive que je
pouvais aller plus vite que lui. Course où
nous tombons en panne dès les premiers
instants, perdons un grand nombre de tours et
Christian refuse de remonter sur la moto. Je
prends donc sa place sur l‘H1R. A la fin de
1er relais Xavier Maugendre me dit : « Il est
toujours en crise de nerf, repart ! ». A la
fin du 2eme relais, Xavier dit : « Fait
encore un relais, si tu prends la tête de la
course, il ne pourras plus refuser de prendre
le guidon. J’ai pris la tête, non sans
avoir tapé le record du tour 500 GP d’Ago…
Il a accepté de terminer. !
FB
: Tu as commencé à améliorer tes motos avec
l'H1R ...
EO
: L’H1R
était une mauvaise moto : Lourde, pointue,
fragile. La fréquentation de mes maîtres
Colin Chapman (Lotus), Robin Heard (McLaren)
en auto, me conduit en 1971 à faire un cadre
monocoque (plus rigide, plus léger, plus
compact et avec, bien sûr des freins a
disques). Je place intuitivement le moteur
plus en avant. Début 1971 PERSONNE n’utilisait
plus de freins à disque jugés par la paddock
être de « simples ralentisseurs pas assez
puissants ». Cette monocoque restera « dans
le coup » jusqu’en 1973, ma dernière
saison en GP. Pour 1972 je dessine des roues
à bâtons SMAC. La presse publie des articles
mettant en évidence l’échec des roues de
Peter Williams « parce que trop rigides » et
à Daytona, j’ose même des pneus sans
chambre (avec valves de Mini Cooper) malgré l’avis
de Michelin. Moteur H2 maison et pots de
détentes maison me permettent un 3ème
chronos derrières les Suzukis « liquides »
et devant les Kawa usine. Ma boite se bloque
alors que j’étais 3ème…
En
1973, le moteur H1R trop lourd, fragile et
avec les effrayantes inerties gyroscopiques de
son vilo… me conduisent à demander à GARI
de couper un cylindre du 750 pour faire un
TWIN 500cc, je lui dessine aussi une joli
boite 6. L’ensemble est minuscule, fait
environ 105 kg et a sa 1ère course au GP de
France, finit 4ème devant toutes les H1R…
en étant partit bon dernier. En ligne droite
à Hockenheim elle pouvait se faire aspirer
toute la ligne droite par les « 4 pattes »
à refroidissement liquide. Défaut : Trop
fragile, le vilo dérivé du H2 de série.
FB
: Les pilotes qui t'ont marqué en moto
...
EO
: Les
pilotes qui m’ont marqué : Phil Read, Ago,
Saarinen, Sheene, Raymond Roche et ceux que j’ai
le plus aimé : Appietto, Christian Huguet,
Christian Léon, Philippe Coulon. J’avais
aussi beaucoup d’estime pour notre vice champion
de monde 125 sur la Pernod : Guy Bertin.
FB
: Tes meilleurs souvenirs motos ?
EO
: Mes
meilleurs souvenirs motos sont toujours liés
aux réactions chaleureuses du public qui à l’inverse
du « paddock » m’a toujours soutenu à
fond. L’ovation des Allemands de l’Est
après ma bagarre avec Ago en 72. Celle des
spectateurs massés dans la tribune du Bol d’or
quand j’ai démarré la 500 HO d’Eric Saul…
qu’Hogrel n’arrivait pas à démarrer tout
seul. Leur gentillesse permanente tout au long
de ces années.
Aussi
à quelques moments de bravoure comme le
freinage de la source au 1er tours à SPA où
j’arrive 6 derrière Findlay, Marzowski,
Ravel, Pagani, Ago… et ressort 1, ou le
Village au « S » du village du Sachenring ou
j’ai passer Ago sur les pavés mouillés.
Enfin
quand mon moteur « fait à la main et séché
à l’éventail » de 400 RD avec cylindres
de TZ suivait sans problèmes les Honda d’usine
sans prendre plus de 8500 T/M aux essais du
Bol d’OR.
FB
: Tu arrêtes le compétition comme pilote fin
1973, pou te consacrer à la préparation...
EO
: Mon arrêt de la compétition en tant que
pilote (1970/1973) à laissé place tout
naturellement à mes réalisations en tant que
préparateur (moteur de Christian Léon champ.
d’Europe) et concepteur.
En
1974, c’est la sortie des cadres cantilever
avec poutre en alu coulé (11 pièces), je lis
çà et là que l’alu ne pourra, résister
aux vibrations et que le cantilever crée des
efforts insoutenables sur l’axe de bras
oscillant… un certain nombre tournent encore
! Tony Rutter, deux fois champion d’Angleterre
et Victor Palomo 3 podiums en GP sont les plus
représentatifs des « acheteurs ».
(Collaboration avec Motobécane, je promet 32
cv d’un moteur à eau dérivé du moteur
standard et obtient 31,8cv. C’était une
folie dès le départ.)
FB
: Parles nous de la BUT
EO
: Pour
la première fois, la suspension de la H.O. à
flexibilité variable et bras tiré, m’oblige
à me pencher sur les épures de suspension et
à ne plus travailler empiriquement comme c’est
l’usage en moto.
La
BUT à été une suite d’erreurs sans fin.
Projet trop ambitieux pour le montant du
budget. Choix d’un jeune pilote
inexpérimenté pour faire le mise au point en
1978. Choix d’une écurie extérieure en
1979 ; écurie qui s’est contenté de
croquer le budget sans jamais se servir de la
BUT. La presse enthousiaste au moment du
lancement s’est très vite lassée du manque
de résultat sans jamais se demander pourquoi.
Et la BUT est devenue la risée du paddock qui
prenait enfin sa revanche, entraînant la
presse avec elle.
Voyant
qu’Olivier Chevallier n’honorait pas son
contrat, nous sommes allés récupérer la
Moto sous une bâche avant le GP de France au
Bugatti, avons juste eu le temps de changer
les pneus de l’année précédent et les
amortisseurs et Guilleux se fait aux essais un
7ème temp en 350 et un 12ème temps en 500
avec la « grand mère » : le TWIN HO à base
400 RD dans la vieille poutre en alu. En
disant : « En 500, je me suis baladé, j’ai
une seconde sous dans la poignée ! ». Les
deux 500 HONDA d’usine (l’autre moto
révolutionnaire) ne se qualifient pas. Mais
dans la presse la HONDA fait 8 pages… Hervé
casse un piston en 500 et finit 4ème après
une bagarre de toute la course avec le
champion du monde en titre : Walter VILA en
mettant un tour à Olivier ! La performance de
la « risée du paddock » n’est cité sans
aucun organe de presse. A la suite de ce «
silence radio » la Sté BUT décide alors à
juste titre d’arrêter les frais et Guilleux
finira la saison avec Emmanuel Lorentz, son
seul et unique mécanicien bénévole de 19
ans. Un proto aussi complexe nécessiterait
aujourd’hui au moins 10 mécanos et quelques
ingénieurs… et moi je travaillais déjà
ailleurs.
C’est
après l’aventure de la BUT que je me suis
réellement mis a étudier les épures
géométriques de suspension, les
cinématiques et a essayer de recréer une
technologie oubliée, puisque la moto mondiale
travaille toujours sur les compromis de la
technologie de 1921 (Telesco classique et bras
oscillant derrière le pignon de sortie de
boite) et posé toute une série de brevets. J’ai
donc collaboré en 1995 avec White Power et
puis ensuite avec Aprilia sur des projets de
fourche à parallélogramme « dits » à bras
tirés.
FB
: Tes autres passions
EO
: La cuisine et les vins sont mes autres passions
mais il faudrait autant de pages que la moto
pour en parler !!!!
FB
: Les pilotes que tu aimes bien aujourd'hui ?
EO
: Les pilotes que j'aime aujourd’hui :
Presque tous, mais surtout Dovizioso et
Guintoli.
FB
: Fais tu encore de la moto ?
EO
: Je ne pratique plus la moto, en dehors d’un
circuit de temps en temps, après un grave
accident il y a un an.
FB
: Motos possédées ?
EO
: Motos possédées les + récentes : Suzuki
SV 750 et Marauder.
FB
: Un projet en cours ?
EO
: Le projet sur lequel je travaille en 2009 est
justement sur une machine d’architecture
classique, mais dont les géométries
permettent de sortir de tous ces compromis.
En effet, ce qui est généralement inconnu
des techniciens non technologues, c’est que
les réactions d’une machine proviennent des
cinématiques des points de contacts des pneus
au sol ET NON DES ARCHITECTURES.
la
superbe galerie photos de François Beau
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