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Motoplay
ou histoire de …presse
Peut-être
vous souvenez-vous d'un journal mensuel du nom de
" Motoplay " ? Il fut éphémère puisque
seulement quatre numéros sont sortis en février,
mars, avril et mai 1980.
Pour
être beau, Motoplay l'était. Couverture "
pelliculée ", recouverte d'un film plastique
très fin pour donner un aspect brillant et faire
ressortir les couleurs de la Une, " dos carré
collé " pour que le journal puisse être rangé
verticalement dans une bibliothèque, papier couché
brillant épais, le tout donnant une " bonne
tenue en main ", photogravure de très bonne
qualité, bref, du bel ouvrage.
Et
une ligne rédactionnelle résolument magazine pour se
différencier des hebdomadaires et des autres
mensuels. Il faut aussi savoir que la presse est un
domaine d'activité magique et qu'une entreprise de
presse n'est pas une entreprise comme une autre.
Motoplay
fut effectivement une belle aventure de presse mais
aussi une drôle d'aventure. Vous pardonnerez cette
grivoiserie, mais ce journal fut non seulement une
histoire de presse mais aussi une histoire de …fesse
!
Voilà
comment est né ce journal.
J'étais
pigiste permanent à Moto Journal depuis deux ans (en
charge notamment des numéros hors série) quand je
reçois à mon domicile un coup de téléphone d'un
certain Georges Edouard, qui veut me rencontrer pour
lancer un mensuel de moto. Il me propose un
rendez-vous au Fouquet's, célèbre et un peu
tape-à-l'œil établissement des Champs Elysées.
Direction Le Fouquet 's. Le dénommé Georges, très
volubile, m'explique qu'il a eu mes coordonnées en
appelant la Mairie de Paris, qui l'avait renvoyé sur
le Président du Moto-club de Paris, Claude Harang,
que je connaissais depuis longtemps. Georges me montre
alors le numéro 3 d'un superbe journal italien,
Motoplay, et me dit qu'il est éditeur et veut en
lancer une version française. Sans rentrer dans les
détails de la fabrication d'un journal en couleurs
(en quadrichromie, ou " quadri " ou "
tout couleurs " sont les termes du métier), il
suffit de savoir qu'un imprimeur a besoin de quatre
" films " par page pour sortir un journal.
Trois films couleurs - un jaune, un bleu (cyan), un
rouge (magenta) - et un film noir. Les quatre
superposés donnent toutes les variétés de couleurs.
Le texte d'un journal est en noir, donc sur le film
noir. Georges me propose de reprendre les films de la
version italienne et de mettre les textes en français
à la place des textes italiens sur le film noir.
Techniquement, cela ne pose pas de problème et les
économies sont importantes. Je lui dis qu'il n'est
pas possible de reprendre l'intégralité des articles
italiens, mais à première vue d'une moitié, tous
n'étant pas intéressants pour un lecteur français.
À charge pour moi de réaliser l'autre moitié avec
des sujets spécifiquement français.
On
en reparle plusieurs fois au téléphone. On se
revoit, toujours dans un endroit dit " chic
", et il m'apporte un contrat de travail, en
" bonnet difforme " comme dirait Coluche,
où j'ai le titre de rédacteur en chef.
Je
quitte Moto Journal et, vous allez commencer à y voir
un peu plus clair, je viens pour la première fois
dans les locaux de la maison d'édition de Georges, à
Paris dans le XVIIIe arrondissement. C'était dans un
entrepôt dans un petit passage, le passage Ramey. Au
rez-de-chaussée, sorte de hangar, des dizaines de
palettes sur lesquelles sont empilées d'innombrables
petites revues. Je regarde de plus près et constate
que Georges était éditeur… de revues
pornographiques ! Georges arrive alors et sans aucun
complexe me fait visiter. Sur deux étages, il y avait
des journaux de " c… ". Des dizaines de
milliers, des tonnes, partout. Au troisième étage,
il me présente les maquettistes qui, tranquillement,
faisaient des montages scabreux comme s'ils enfilaient
des perles… Je suis resté muet. Enfin, il me montre
le grenier du bâtiment avec une table de ping-pong,
un téléphone et deux chaises et me dit que c'est la
rédaction ! Aucune photo olé-olé n'était prise
dans les locaux, ma " cambuse " était à
l'écart du reste de l'entreprise, j'avais quitté
Moto Journal, bref je suis resté.
En
fait, un éditeur italien de revues pornographiques
faisait des échanges de films avec Georges. Cet
éditeur, passionné de moto, avait sorti Motoplay en
Italie et l'avait montré à Georges. Les deux
compères avaient décidé d'en sortir une version
française. Inutile de vous dire que pendant la brève
vie du journal, pas une fois j'ai demandé à
quelqu'un de venir au journal et disais à mes
interlocuteurs : " Ne vous déplacez pas, je
passe vous voir ". Et pour cause ! Quatre
numéros sont donc sortis. Et début juin 1980, un
lundi matin, j'arrive au journal et, surprise, le
bâtiment était ouvert, complètement vide. Plus
rien. Tout avait été déménagé… y compris mes
affaires. Georges a sans doute " planté "
sa boîte en récupérant tout le stock pour en monter
une autre. Terminé Motoplay…
J'ai
croisé Georges par hasard une dizaine d'années plus
tard. Toujours aussi volubile, toujours aussi sympa,
il roulait en Maserati et avait l'air très à l'aise.
Drôle de bonhomme. Il m'a dit que l'un des plus beaux
jours de sa vie était l'arrivée des 24 Heures du
Mans 80. Le journal, c'est-à-dire Georges avec son
argent, avait engagé deux Kawasaki rachetées à
Jean-Bernard Peyré. Desheulle et Vassard avaient
terminé 4e, et mon frère et moi loin dans le
classement (le préparateur des motos avait
probablement " oublié " de refaire notre
moteur dont la culasse a lâché au bout d'une heure…).
Reste que le frangin et moi avons terminé quant
même, question d'honneur. Georges a été dans les
stands pendant toute la course, heureux comme un
gosse. Et Yves Mourousi était passé plusieurs fois
au stand ! Enfin, Georges, homme du sud, était très
fier de la mention " Mensuel français de classe
international " qui figure sous le titre. Il se
fichait royalement que cela fasse souvent sourire.
Voilà l'histoire peu ordinaire de Motoplay.
Désolé
pour les abonnés qui se sont fait avoir. J'y pense
souvent et déteste ce genre de plans. À part leur
offrir une mousse si on se rencontre, rien à faire.
À l'époque, je n'avais même pas pu récupérer le
fichier des abonnés pour leur envoyer un petit mot
d'excuses. Georges n'avait rien laissé. Il me reste
de cette aventure de très bons souvenirs, quelques
numéros et la satisfaction que peut apporter un
superbe, mais si éphémère, journal.
Quand
même un énorme regret. Au Grand prix suivant
l'arrêt de la parution, Michel Rougerie m'a juste
dit..." Alors je ne l'aurais pas mon Motoplay !
". Le numéro 5 devait lui être consacré.
François
GOMIS
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