|
superbe
galerie de photos de François Beau
SOUVENIRS
....
"
Je me rappelle mon premier accident de deux-roues. J'avais une
dizaine d'années, je jouais avec un copain en face de la gare de
marchandises, rue Josué Hoffer, et j'étais... à patinette. J'ai
été fauché par une voiture. J'en porte encore les traces !
... Je garde de bons souvenirs de ces années passées en Alsace.
J'y reviens d'ailleurs de temps en temps, parce que ma soeur,
Josette, y habite toujours. Elle est professeur de dessin à
Molsheim. Lorsque je courais encore, j'allais généralement la voir
lorsque je participais au Grand Prix d'Allemagne, qui se disputait
encore sur le circuit d'Hockenheim. ... J'ai été attiré par la
moto dès ma plus tendre enfance. J'ai d'emblée été séduit par
le bruit du moteur que j'essayais d'imiter en mettant une pince à
linge et un bout de carton dans les rayons de mon vélo. J'ai eu ma
première Mobylette alors que je n'avais même pas quatorze ans. Mon
père m'avait pourtant interdit de m'en acheter une mais je m'en
suis procuré une vieille, à 50 francs, en douce... Et je me suis
fait remonter les bretelles ! ... J'ai toujours adoré la
mécanique. Du coup, je n'arrêtais pas de démonter et de remonter
ma Mobylette. Je me procurais un tas de pièces, que j'étalais sur
le trottoir, devant la petite épicerie de mes parents. J'essayais
d'améliorer le moteur de mon deux-roues et j'y suis peu à peu
parvenu. Tous les jeunes du quartier venaient me voir pour me
demander de faire la même chose sur leurs Mobylettes... qui
venaient rejoindre mes affaires sur le trottoir.
COUP
DE FOUDRE
J'ai
eu mon premier coup de foudre lorsque j'ai découvert le Solex : se
sentir propulser sans avoir à pédaler mais simplement en tournant
une poignée de gaz, ça m'a donné l'impression de décoller ! J'ai
eu un autre coup de foudre lorsque j'ai testé ma première moto,
une 500 AJS : l'accélération était fabuleuse, c'était comme si
j'allais directement sur la lune ! Et puis je pouvais enfin
dépasser les voitures qui, avant, me doublaient toujours. ... A
seize ans et demi, j'ai réuni toutes mes économies et j'ai
emprunté un peu d'argent à mes parents pour m'acheter une 500
Norton. A cette époque, à la fin des années 60, il n'y avait que
quelques motos à Hyères et les gens regardaient toujours passer
les motards d'un drôle d'air. Ils devaient penser à la chanson
d'Edith Piaf et tous nous prendre pour des marginaux ! ... C'est à
ce moment que j'ai décidé d'aller voir ailleurs pour améliorer
les performances de mon deux-roues. Un matin, j'ai pris un petit sac
et je suis parti à l'aventure... en Angleterre. J'ai passé un mois
là-bas. Et je suis revenu à Hyères avec la plus belle moto du
monde !
GRÈVE
À NOGARO
Je
voulais toujours aller plus vite. Il y avait vers Saint-Tropez un
circuit où j'allais souvent m'entraîner avec des copains. Gilles
Guignabodet, un ancien pilote qui nous emmenait là-bas, a trouvé
que je ne m'en sortais pas trop mal et il m'a préparé une moto de
course. Il m'a demandé de courir pour lui. Mes parents ne s'y sont
pas opposés parce qu'ils ne s'imaginaient pas ce qu'était
réellement la compétition. S'ils en avaient eu la moindre idée,
ils me l'auraient sans doute interdit ! ... J'ai pris une licence et
j'ai fait mes grands débuts à Monthléry, où j'ai d'ailleurs
gagné. Je me souviens que "L'Équipe" avait titré :
"Baldé en vedette sous la pluie"... C'était le premier
article qui m'était consacré... et le début de ma carrière. J'ai
eu de la chance parce que j'ai été suivi par mes copains d'enfance
qui sont devenus mes mécaniciens. Maintenant, ils font tous partie
de grandes écuries. ... Ce qui m'a le plus marqué durant ma
carrière, c'est... une grève des pilotes qui prétendaient que le
circuit de Nogaro était dangereux alors qu'il ne l'était pas tant
que celui du Salzburgring, sur lequel ils avaient couru la semaine
précédente. C'est Marco Lucchinelli, pilote numéro 1 Honda, qui
avait lancé le mouvement. Ça a été un week-end noir pour moi :
j'attendais cette course depuis longtemps et j'ai quand même couru.
J'ai gagné, mais comme il manquait un certain nombre de ténors, je
n'en ai pas vraiment profité : la victoire n'avait pas la même
saveur que d'habitude.
PLUS
BELLE VIE DU MONDE
Tout
n'a pas toujours été facile. La chose la plus dure, à mes yeux,
c'était la recherche des sponsors. Je passais tous mes hivers à
donner des coups de téléphone à droite et à gauche, à attendre
des réponses qui n'arrivaient pas, avec un budget bloqué jusqu'au
dernier moment. C'était chaque fois l'enfer. Quand j'ai arrêté de
courir, j'ai passé le plus bel hiver de ma vie ! ... Mais je ne
vais pas me plaindre, j'ai bien gagné ma vie. Le problème,
maintenant, c'est que l'argent déforme tout. Il y a les bagarres
sur la piste, bien sûr, mais aussi les rivalités, souvent
verbales, en dehors de la piste. C'est dommage. Il n'y a plus cette
camaraderie et ce sentiment de pureté qui existaient à mon
époque, lorsqu'il y avait des courses de scooters dans le paddock
et que les pilotes jouaient ensemble au foot après les essais. ...
J'ai quitté la compétition en 1989. J'avais déjà 39 ans. Je dois
d'ailleurs être l'un des rares pilotes à avoir tenu le choc
jusqu'à cet âge avancé ! Je suis resté plusieurs mois chez moi,
à vivre d'une autre passion, la restauration de véhicules anciens,
motos et autos. J'ai notamment une Jaguar E, que j'ai remise en
état en 2500 heures de travail et que j'utilise une fois tous les
quinze jours pour qu'elle ne s'abîme pas. ... Lorsque je regarde en
arrière, je n'ai aucun regret. Ma carrière a été quasi parfaite,
si ce n'est que je n'ai pas été champion du monde, et je m'en suis
sorti indemne. Je souhaiterais à tout le monde de vivre ce que j'ai
vécu. La plus belle vie du monde." Jean-François Baldé, ici
lors des Coupes Moto Légende en mai 1999, sur l'anneau mythique de
Monthléry : " Lorsque je regarde en arrière, je n'ai aucun
regret. Je souhaiterais à tout le monde de vivre ce que j'ai vécu.
La plus belle vie du monde." (Extrait des
"Dernières Nouvelles d'Alsace") Sandrine PAYS
superbe
galerie de photos de François Beau
Palmarès vitesse - Baldé
|