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Rencontré
lors des Coupes Moto Légende 2007, Alain Michel a bien
voulu répondre à mes questions pour BIKE 70 et tous les
amoureux du side car.
Alain
peux tu te présenter ?
Alain
Michel, je suis né le 23 février 1953 à Montélimar. Je
suis marié à Dominique et je vis actuellement en Ardèche
Tu
as commencé le sport moto en solo, je crois ?
Effectivement,
j'ai débuté en 1972 par la Coupe des quatre saisons et le
championnat de France 500cc avec une 450 HONDA J'ai gagné
la coupe et terminé second du championnat 500 cc derrière Baldé (Kawasaki H 1 R).
En
quelle année as tu commencé à rouler en side car ?
J'ai
vraiment commencé à courir en side en 1976 et cette année
là je termine 2e du Grand Prix de France, je termine cette
première saison 9e au classement final du Championnat du
Monde.
Tes
meilleurs souvenirs ?
Ma
première victoire au Grand Prix de France en 1977. Et
surtout ma victoire incroyable au Grand Prix de Silverstone
en 1979. Nous avons été obligé de nous arrêter au stand
pour mettre des pneus pluie et ensuite nous avons réaliser
une remontée fantastique. C'était également mon premier
Grand Prix et ma première victoire avec Michael Burkard.
Première d'une longue série de victoires avec un l'un de
mes meilleurs passagers.
Les
meilleurs souvenirs sont les victoires bien sur, mais aussi
des bastons d'anthologie avec des adversaires toujours très
correctes, jamais un seul écart en 16 saisons de grand
prix.
Ton
plus mauvais souvenirs de course ?
Sans
aucun doute c'est la perte du titre de Champion du Monde
1986 pour une mauvaise fermeture de casque. Cela semble
invraisemblable, mais les raisons de cet échec sont encore
plus incroyables. Nous étions sur le point de partir en
prés grille lorsque Y. Geniés, qui avait été
spécialement envoyé par TF1 à Hockenheim pour couvrir
notre position de leader du championnat side-car, nous a
demandé de bien vouloir faire une petite interview. Je
n'étais pas content du tout, mais les médias sont toujours importants. Après cette
opération expresse, j'ai rapidement remis mon casque NAVA
sans jugulaire pour rejoindre la pré-grille.
Nous
partons en tête et en abordant le première ligne droite,
je jette un petit coup d'œil derrière et là le drame …
le casque est mal fermé (dans l'empressement) et les
mâchoires ouvertes de ce dernier me font perdre plus de
1000 tours en vitesse de pointe. Impossible de refermer le
casque et après avoir perdu une dizaine de places dans
l'opération " fermeture impossible ", je prends
le risque de foncer faisant complètement abstraction de ma
sécurité, une folie !!. Malgré mon handicap de vitesse de
pointe je remonte à la 5éme place à 1 seconde de la 4ème
place qui m'aurait assuré le titre, merci Geniès !! pour
ce merveilleux souvenir. Jean Marc Fresc et moi étions aux
anges !! l'art et la manière de détruire une saison en 5
minutes !
Quelle
est ta plus belle course ?
La
plus belle course ? Il y en a eu pas mal, mais celle qui
s'est déroulée en 1978 avec Collins au Nurburgring est
pour moi la plus belle. Nous partons en tête, mais nous
nous arrêtons après le premier tour pour changer les
bougies défectueuses et nous repartons derniers. Ensuite
nos entamons une remontée de folie avec un record du tour
plus rapide de 10 secondes sur la pole position et une
deuxième place à l'arraché. Cette victoire était la plus
dure de ma carrière, une motivation de premier ordre, le
dépassement physique intégral.
As
tu des anecdotes à nous confier ?:
C'était
à Silverstone en 1979, sous le auvent atelier, un bidon de
60 litres d'essence prend feu (électricité
statique). Il y avait là deux side cars, tout mon capital.
Sous la menace, pas une seule hésitation, je prends le
bidon en feu et le sors dehors. J'avais les mains gravement
brûlées et je me dit que le Grand Prix est foutu ! Le
docteur Costa me soigne et me permet de faire cette course
dans des conditions difficiles, mais la victoire est au
rendez vous, incroyable. Claudio Costa est en larmes devant
le podium, une image que je n'oublierais jamais.
Une
autre fois, c'était à Rijeka en 1990. Lors du warm up du
dimanche matin, Simon Birchall mon passager tombe au
freinage à plus de 200 km/h et se déboîte l'épaule …
Grand Prix FINI ? Non, Claudio Costa remet en place
l'épaule de Simon, lui donne un anti-douleur (d'usine) pour
la course, et victoire à l'arrivée. Sans cette victoire le
titre nous serait passé sous le nez ! Merci Mr COSTA ! Je
dois beaucoup à cet homme, et je ne suis pas le seul pilote
de GP à penser cela.
Quels
sont les pilotes solos qui t'ont marqués à l'époque ?
Il
n'y a pas de pilotes qui m'ait impressionné par leur
pilotage, mais ce sont plutôt les valeurs humaines de
personnes comme Michel Rougerie qui m'ont marqué. Michel
était toujours en train de râlé, mais il avait toujours
un geste sympa. Il me lançait " Hé Michel !! tu ne
vas pas rouler avec cette chaîne de merde? Vas voir Fléout,
mon mécano, il te filera une Régina … " il savait
que nous n'avions pas un rond… ça c'était Michel !
Quels
étaient tes amis de l'époque ?
Mes
amis du monde de la moto, s 'appelaient Michel Rougerie,
Christian Léon, Patrick
Fernandez, Jacky
Hutteau, Jean
Louis Guignabodet, Jean Françis Baldé,
Christian Sarron ,
Guy Bertin, Jean Michel Mattioli, Barry Sheene, Roberto
Gallina, Philippe Coulon, Michel Frutchi, Roland Fremont …
Comment
était l'ambiance ?
L'ambiance
était plutôt sympathique. Nous nous recevions entre pilotes
et famille pour des
soirées
détente, entre les camions et caravanes. Il y avait un
échange, des discussions. Ensuite la compétition moto est
devenue très professionnelle, mais a perdu sa
convivialité.
Parles
nous de ta reconversion.
Ma
reconversion : après 16 saisons de Grand Prix, j'avais
envie de vivre une vie normale et nous avons, ma femme et
moi, ouvert des chambres d'hôtes et un restaurant. Ensuite
en 1996 nous sommes partis travailler en Afrique pour nous
acheter un beau bateau à voile et partir en croisière de
99 à 2001. Mais cela n'allait pas assez vite et nous
manquions de place. Nous avons ensuite vendu le bateau et
acheté une maison en Ardèche dans un coin de rêve.
J'ai
été recruté par GAS GAS France pour m'occuper de la
compétition et du développement des machines d'enduro.
Notre collaboration s'est arrêtée six ans plus tard, en
grande partie à cause de la loi Olhin qui a fait chuter les
ventes de notre importateur de plus de 40%, donc plus de
budget pour la course et fin d'une belle période dans un
milieu très sympa qui ressemblait beaucoup à ce que
j'avais connu en GP vitesse.
Quels
sont tes projets actuels ?
Mes
projets actuels ne vont pas vers la moto, j'ai eu quelques
expériences qui m'ont prouvé qu'il était actuellement
très difficile de trouver des budgets, même avec un team
sérieux Il y aura peut être d'autres opportunités, mais
je ne veux pas quelques chose d'approximatif, sans pouvoir
donner toutes les chances au pilote qui s'investissent à
fond dans ce sport.
Que
penses tu de l'arrivée du quatre temps dans les Grands Prix
?
Le
quatre temps en Grands Prix, me semble être dans la logique
des choses, le deux temps reviendra peut être si la
technologie et le développement permet de passer les tests
d'homologations. Seules les expériences du futur pourront
nous dire ou est la vérité.
Possède
tu une moto ?
Je
ne possède pas de moto de route, de course ou d'enduro ma
motivation n'est pas de rouler à tout prix, un jour peut
être !! Ma vie de famille semble une priorité, la qualité
de vie aussi. Mes efforts vont dans ce sens, rendre à mes
proches ce qu'ils m'ont apporté pendant ma carrière
sportive, du bonheur.
Peux
tu donner un conseil à un jeune qui se lance dans la
compétition moto ?
Le
conseil que je donnerais à un jeune pilote, soit sérieux
dans ta démarche, vas chercher les limites de ton corps et
celle de ta motivation, mais pour cela entoure toi de gens
compétents, la seule et unique vérité. Regardes les
résultats que ces gens ont obtenus en course, anciens
pilotes ou team managers, et tu auras la réponse. Il y a
beaucoup trop d'opportunistes qui se servent des pilotes
pour faire leurs affaires. Mais un pilote peut être très
fort si il est bien épaulé, mais très vulnérable si ont
le laisse seul avec ses problèmes. Une bonne année de
compétition dépend en grande partie des choix fais à
l'inter saison.
Un
dernier commentaire ?
Le
titre de champion du monde que nous avons obtenu est la
consécration absolu de tous les efforts d'un TEAM de
Passionnés à travers les saisons de 76 à 91. La
performance technique et l'osmose du couple ont étaient du
meilleur niveau durant cette saison 90, seules quelques
casses de boites de vitesses nous ont fait douter du
résultat final, mais les dieux du sport ont jugé que
j'avais bien donné et que mon tour était arrivé pour
devenir avec Simon Birchall CHAMPION DU MONDE 1990
Une
seule personne manque à ce jour, JEAN MARC FRESC, avec qui
j'ai partagé six saisons merveilleuses et les moments les
plus durs de ma carrière en 86, mais je garde le souvenir
inoubliable d'un garçon d'une gentillesse extrême.

Jean Marc Fresc
Merci
Alain de ta disponibilité, de tes confidences et bien sur
de tout ce que tu as apporté au sport moto Français. Et
merci à Marie Paule pour nous avoir permis de rencontrer ce
très grand champion.
Francis

Moto Légende 2007 Alain Michel
et deux supportrices
(mon épouse et Marie Paule, la compagne d'Alain Genoud)
Interview
réalisé en partenariat avec le site : www.gmtopen.com
bibiographie
et crédit photos :
"La
grande Histoire de la vitesse" d'Eric Breton (éditions
Larivière).
"Moto
Journal" Supplément Grands Prix 1977, 1985 et 1987
"Continental
Circus" de Maurice Bula et Jean-Claude Schertenleib
Photos
Pierre Gabriele (www.pierre-gabriele.com)
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